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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113004

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113004

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantMETIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 novembre 2021 et le 14 mai 2024,

Mme C D épouse B, représentée par Me Métivier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a ajourné sa demande de naturalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 6 mai 2024 pour la requérante et n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne né en 1966, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a ajourné sa demande de naturalisation.

2. En premier lieu, par une décision du 1er juillet 2021, publiée au Journal officiel de la République française le 4 juillet 2021, M. A, nommé directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à Mme E F, attachée principale d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement et l'assimilation du postulant à la communauté française.

4. Pour rejeter le recours hiérarchique formé par Mme B et confirmer l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le comportement de la postulante est sujet à caution.

5. Il est constant que Mme B a fait l'objet d'une procédure pour avoir fait opposition au paiement d'un chèque avec l'intention de porter atteinte aux droits d'autrui le 27 janvier 2016 à Clermont-Ferrand, ces faits ayant donné lieu à un rappel à la loi le 12 septembre 2016. Mme B conteste avoir eu l'intention de porter atteinte aux droits d'autrui, en l'espèce, de la SNCF, en expliquant avoir fait opposition au chèque avec lequel elle avait payé une amende dressée au motif qu'elle voyageait en train munie d'un billet à tarif réduit sans justifier de son éligibilité à cette réduction au motif que cette amende aurait, selon elle, été dressée en méconnaissance des conditions générales de vente de la SNCF. Toutefois, l'existence du rappel à la loi susmentionné permet d'établir la matérialité des faits. En outre, et en tout état de cause, la requérante, qui a d'ailleurs in fine payé l'amende en cause, n'établit pas que cette amende était indue. Dans ces conditions, les faits en cause n'étant ni anciens à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, ni dénués de gravité, le ministre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu du comportement de l'intéressée, ajourner à deux ans la demande de naturalisation dont il avait été saisi.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Métivier.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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