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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113038

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113038

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 novembre 2021 et 29 août 2022, M. B C, représenté par Me Crabières, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de situation et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en fondant sur le seul avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) son refus de lui délivrer un titre de séjour en application du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides ;

- sauf pour le préfet à démontrer que la procédure prévue par les articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides ainsi que par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 a bien été respectée, l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son état de santé doit être regardé comme entaché de vices de procédure ; il ressort de cet avis qu'il n'a pas été convoqué, tant pour l'établissement du rapport que pour celui de l'avis ; son identité n'a pas été vérifiée ;

- il a fourni de nombreux documents, notamment une copie d'un jugement supplétif d'acte de naissance, permettant d'établir tant son état civil que sa nationalité ; ces documents lui ont permis d'obtenir son numéro définitif d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques, communément appelé numéro de sécurité sociale, au terme d'une procédure hautement sécurisée conduite par le service administratif national d'immatriculation des assurés de la caisse nationale d'assurance vieillesse des travailleurs salariés ; ses actes d'état civil et son passeport ont ainsi été certifiés et considérés comme valables par ce service ; en remettant en cause leur caractère probant, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et fait une inexacte application de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides ; la circonstance que son acte de naissance a été signé non par le maire mais par le premier adjoint est conforme à la loi malienne ;

- le préfet a méconnu l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides ; la circonstance qu'il a présenté un contrat de travail à durée déterminée ne faisait pas obstacle à ce que le préfet lui délivre une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ; il résulte des dispositions du cinquième alinéa de l'article L 313-10 et de l'article L. 5221-2 du code du travail que l'étranger qui sollicite un titre de séjour portant la mention " salarié " est dispensé de l'obligation de présenter un visa long séjour si sa demande concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et figurant sur une liste établie par l'autorité administrative ; or, tel est bien son cas ;

- le préfet a méconnu le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides ; en effet, il ne peut bénéficier au Mali d'un traitement approprié à son état de santé ; le suivi constant et sérieux dont il doit bénéficier à la suite de sa tuberculose osseuse ne peut y être réalisé de façon correcte ;

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnait nécessairement l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision de le renvoyer au Mali est contraire à l'article 3 de cette convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet de de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les observations de Me Crabières, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien déclarant être né le 15 août 2000, dit être entré irrégulièrement en France le 18 septembre 2017. Il a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe, en qualité de mineur isolé étranger, au titre d'un accueil provisoire d'urgence à compter du 21 septembre 2017. A la suite de l'évaluation menée par ses services, le président du conseil départemental de la Sarthe a, par une décision du 26 octobre 2017, refusé de le prendre en charge et a mis fin à son accueil provisoire d'urgence en raison de doutes sur sa minorité. L'intéressé souffrant d'une tuberculose osseuse a été hospitalisé au centre hospitalier du A. Il a contesté la décision du président du conseil départemental de mettre fin à sa prise en charge devant le tribunal pour enfants du A. Par un jugement en assistance éducative du 20 mars 2018, la juge des enfants près le tribunal de grande instance du A a admis la minorité de M. C et l'a confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, le 15 août suivant. Ce dernier a continué à être soigné de sa maladie jusqu'en octobre 2018. Il a intégré de décembre 2018 à avril 2019 la mission de lutte contre le décrochage scolaire au lycée Funay Hélène Boucher du A et a obtenu le DELF B1. Il s'est ensuite engagé dans une classe de CAP cuisine. Il a obtenu un contrat d'apprentissage durant l'année 2019/2020 et a obtenu le CAP de cuisinier. Le 8 août 2019, au moment de la conclusion de son contrat d'apprentissage, il a demandé au préfet de la Sarthe un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11, de l'article L. 313-14 et de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 8 décembre 2020, il a renouvelé sa demande de titre de séjour en invoquant les mêmes fondements tout en mentionnant " raison de santé " et " étudiant ". Par un arrêté du 30 mars 2021, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le Mali comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

S'agissant du moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'instruction de la demande de titre de séjour pour raison de santé :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 313-22 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Selon l'article R. 313-23 alors en vigueur de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. Le médecin de l'office () peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. () le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. () / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé du demandeur et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer, au vu de cet avis, sur la demande de titre de séjour dont il est saisi par un étranger malade.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), saisi pour avis de l'état de santé de M. C dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, a émis le 12 août 2020 un avis, versé au dossier par le préfet. Il ressort de cet avis que le médecin, qui a instruit la demande de M. C et rédigé un rapport, n'a pas siégé au sein de ce collège, composé de trois autres médecins. Cet avis, revêtu de la signature des trois médecins membres du collège, porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", laquelle mention fait foi jusqu'à preuve du contraire. Cette preuve de ce que la délibération ayant précédé l'émission de l'avis n'aurait pas été effectivement collégiale n'est pas rapportée par M. C. Enfin, si ce dernier s'étonne de n'avoir été convoqué ni au stade de l'élaboration du rapport, ni à celui de l'élaboration de l'avis et de ne pas avoir dû justifier de son identité, les dispositions de l'article R. 313-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que cette convocation du demandeur et la présentation par ce dernier de documents justifiant de son identité n'est qu'une faculté dont la mise en œuvre est laissée au libre choix du médecin rapporteur et du collège des médecins. Aussi, la circonstance que M. C n'a pas été convoqué et, dès lors, n'a pas eu à justifier de son identité ne l'a privé d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis du collège aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

S'agissant du moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis de l'OFII :

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. En l'espèce, pour refuser la demande de titre de séjour sollicité par M. C, le préfet de la Sarthe s'est notamment fondé sur l'avis émis le 12 août 2020 par le collège de médecins de l'OFII. Selon cet avis, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le même avis précise qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. M. C soutient que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet n'a pas repris dans les motifs de l'arrêté attaqué l'appréciation du collège selon laquelle le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour M. C des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il s'en est au contraire démarqué en indiquant que, bien que l'état de santé de l'intéressé nécessite des soins, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen doit, par suite, être écarté.

S'agissant des moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation :

8. Il ressort des documents médicaux produits par M. C, en particulier du certificat médical confidentiel renseigné le 12 juin 2020 par son médecin traitant à l'intention de l'OFII, qu'à la date de l'arrêté attaqué, le requérant était guéri de sa tuberculose et que son état n'imposait qu'un suivi. S'il soutient que le suivi nécessité par son état n'est pas disponible de manière effective au Mali, pays dans lequel il n'y a que 0,221 médecin pour 1 000 habitants, cette seule statistique ne suffit pas à l'établir, d'autant que le retour au Mali n'exclut pas la possibilité de poursuivre le suivi médical en France en sollicitant à cette fin auprès de l'autorité consulaire française des visas de court séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

S'agissant du moyen tiré de ce que le préfet a méconnu l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

9. Aux termes de l'article L.313-10 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention "salarié". / La carte de séjour est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ; / 2° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou dans les cas prévus aux articles L. 1262-1 et L. 1262-2 du même code, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 dudit code. Cette carte est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. Elle porte la mention " travailleur temporaire " ; / 3° Pour l'exercice d'une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur. Elle porte la mention " entrepreneur/ profession libérale ". / L'étranger se voit délivrer l'une des cartes prévues aux 1° ou 2° du présent article sans que lui soit opposable la situation de l'emploi sur le fondement de l'article L. 5221-2 du code du travail lorsque sa demande concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et figurant sur une liste établie par l'autorité administrative, après consultation des organisations syndicales d'employeurs et de salariés représentatives. / La carte de séjour prévue aux 1° ou 2° du présent article est délivrée, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi, à l'étudiant étranger qui, ayant obtenu un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, souhaite exercer un emploi salarié et présente un contrat de travail, à durée indéterminée ou à durée déterminée, en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération supérieure à un seuil déterminé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné ". Aux termes de l'article L. 313-2 alors en vigueur du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23 et L. 313-24 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1 () ".

10. M. C ne conteste pas ne pas avoir produit de visa long séjour, visa qui, en application des dispositions citées au point précédent, conditionne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Si le requérant se prévaut des dispositions du cinquième alinéa de l'article L. 313-10 et fait valoir que sa qualification de cuisinier concerne un métier caractérisé par des difficultés de recrutement, cette circonstance, si elle peut rendre inopposable au demandeur la situation de l'emploi, ne le dispense pas de l'obligation de présenter un visa de long séjour. Par ailleurs, si M. C fait valoir qu'il disposait d'un contrat de travail à durée indéterminée allant d'octobre 2020 au 28 février 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce contrat aurait été renouvelé ou qu'un autre contrat lui aurait succédé de sorte qu'à la date de l'arrêté attaqué, en tout état de cause, le requérant ne bénéficiait plus d'un contrat de travail pouvant justifier la délivrance d'un titre de séjour " travailleur temporaire ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

S'agissant du moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation :

11. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité (). ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

12. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

13. Il résulte également des dispositions précitées, d'une part, que, dans le cadre de l'instruction d'une demande de titre de séjour, les services préfectoraux sont en droit d'exiger que, sauf impossibilité qu'il lui appartient de justifier, l'étranger produise à l'appui de cette demande les originaux des documents destinés à justifier de son état civil et de sa nationalité et non une simple photocopie de ces documents et que, d'autre part, l'administration peut mettre en œuvre des mesures de vérifications et faire procéder à des enquêtes pour lutter contre la fraude documentaire des étrangers sollicitant un titre de séjour.

14. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté, à l'appui de sa demande de titre de séjour, la photocopie d'un jugement supplétif et un acte de naissance établi sur le fondement de ce jugement supplétif. Le préfet de la Sarthe s'est fondé sur l'absence de production du jugement supplétif original pour considérer que l'intéressé ne justifiait pas de son identité. M. C ne justifie pas d'une impossibilité de produire cet original. S'il fait valoir que, pour lui attribuer à titre définitif un numéro de sécurité sociale, le service administratif national d'immatriculation des assurés de la caisse nationale d'assurance vieillesse des travailleurs salariés a nécessairement procédé à une expertise particulièrement rigoureuse de son jugement supplétif et de son acte de naissance et a admis leur caractère probant, il n'apporte ce faisant aucune explication sur son impossibilité de présenter un jugement supplétif original. Par suite, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions précitées, ni commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil et, par suite ne remplissait pas les conditions prévues pour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

15. En premier lieu, il est constant que M. C s'est inséré socialement et professionnellement en France. Il ressort des pièces du dossier que par un acte notarial du 6 janvier 2022, il a fait l'objet d'une adoption simple de la part de M. et Mme D, ressortissants français qui l'ont hébergé à leur domicile. Les photos de cette famille, versées au dossier, démontrent la bonne intégration de l'intéressé en son sein. Toutefois, à la date de l'arrêté attaqué, M. C, célibataire sans enfant, ne résidait en France que depuis moins de quatre ans et disposait toujours d'attaches familiales au Mali. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'à cette date, la décision du préfet de la Sarthe l'obligeant de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise et méconnu, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En second lieu, en se bornant à soutenir de façon générale que la situation sécuritaire au Mali est des plus précaires et se dégrade rapidement, M. C n'établit pas que la décision du préfet de fixer le Mali comme pays de destination l'exposerait personnellement et actuellement au risque de subir des mauvais traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 30 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

18. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

19. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Sarthe et à Me Anne-Lise Cloarec.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

fm

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