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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113039

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113039

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 novembre 2021 et 23 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2021 par lequel le préfet de Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de dix euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- sa motivation est insuffisante ;

- elle n'a pas eu connaissance de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 juin 2021 visé par le préfet dans l'arrêté attaqué ; elle n'a pas été mise à même de savoir si cet avis a été rendu au terme d'une procédure régulière ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'office et a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle présente une pathologie nécessitant une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; elle suit un traitement psychotrope et se rend à des consultations en psychiatrie ; elle ne pourra bénéficier d'une prise en charge appropriée en cas de retour en Ukraine ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle vit en France depuis plus de sept ans ; elle y a travaillé ; ses parents sont désormais établis en Russie ; elle n'a plus d'attache en Ukraine ; sa vie privée est ancrée en France ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour entrainera son annulation par voie de conséquence ;

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle a fixé le centre de ses attaches en France ;

- le préfet a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainera son annulation par voie de conséquence ;

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ; le fait de l'obliger à quitter le territoire français alors qu'elle bénéficie d'une prise en charge médicale, nécessaire à son état de santé, dont elle ne pourra bénéficier dans son pays d'origine constitue un traitement inhumain et dégradant contraire aux stipulations de l'article 3 de ladite convention ; la dégradation du système de santé dans l'ensemble du pays, conséquence inévitable du conflit armé, ne peut permettre un accès effectif aux soins ; son retour dans la région de Donestk, dont elle est originaire et qui est affectée par un conflit persistant depuis plus de sept ans n'est pas envisageable.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 août et 23 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé ;

- le conflit armé en Ukraine a débuté postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué ; si cette circonstance est de nature à faire obstacle, le temps des affrontements, à l'exécution de la décision d'éloignement, elle n'entraine pas, pour autant, l'illégalité de cette décision.

Mme C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 septembre 2022 :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les observations de Me le Floch, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ukrainienne née le 23 septembre 1992, déclare être entrée irrégulièrement en France le 25 août 2014. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 13 juin 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 11 décembre 2017. Elle a sollicité le 23 avril 2019 du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire, valable du 6 octobre 2019 au 5 décembre 2020, dont elle a demandé le renouvellement. Dans son avis du 2 juin 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Faisant sien cet avis, le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 20 septembre 2021, refusé le renouvellement du titre de séjour, fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné l'Ukraine comme pays de renvoi. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme A à l'effet de signer un tel arrêté, en toutes les décisions qu'il comporte. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que les stipulations applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle et familiale de Mme C, de nature à justifier le sens des mesures prises à l'encontre de l'intéressée, le préfet n'étant pas tenu d'exposer l'ensemble des circonstances de fait propres à la situation de Mme C mais seulement celles qui fondent la décision portant refus de titre de séjour en cause. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

5. En deuxième lieu, l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

6. L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés, depuis le 1er mai 2021, aux articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de la Loire-Atlantique que l'avis du 2 juin 2021 du collège de médecins de l'OFII a été signé par les trois médecins qui composent le collège et, ainsi qu'en atteste le bordereau de transmission également produit dans le cadre de la présente instance, que le rapport préalable à cet avis a été établi le 8 février 2021 par un médecin, qui n'a pas siégé au sein de ce collège, et transmis le 10 mars 2021 au collège des médecins de l'OFII. Par ailleurs, l'avis du collège de médecins porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, et est revêtu de la signature des trois médecins composant le collège. La requérante ne se prévaut par ailleurs d'aucun élément précis susceptible de faire douter du caractère collégial de l'avis ainsi émis. En outre, il ressort des termes de l'avis du collège de médecins émis sur la demande de titre de séjour de Mme C qu'il comporte tous les éléments de motivation prévus par les dispositions précitées, nécessaires à l'édiction de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, l'avis du collège de médecins de l'OFII doit être regardé comme ayant été pris au terme d'une procédure régulière. Ainsi, le moyen tiré l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, si la décision du préfet de la Loire-Atlantique est notamment fondée sur l'avis émis le 2 juin 2021 par le collège de médecins de l'OFII, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet se serait estimé lié par cet avis et aurait méconnu l'étendue de sa compétence. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

9. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. L'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 2 juin 2021 indique que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, cette dernière peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Compte tenu de cet avis, que le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de s'approprier, il appartient à la requérante de produire tous éléments permettant d'apprécier l'impossibilité pour elle de bénéficier effectivement en Ukraine d'un traitement approprié à ses pathologies.

11. Il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical, versé au dossier, renseigné le 22 janvier 2021 par une psychiatre à l'intention du service médical de l'OFII, que Mme C présente un état de stress post-traumatique en lien avec plusieurs événements vécus au cours de différentes périodes de sa vie, amplifié par le caractère marginal, précaire et dangereux de sa vie en situation irrégulière, lequel stress lui occasionne des troubles du sommeil et une dépendance médicamenteuse. S'agissant de son traitement, un extrait de son dossier médical fait état de la prescription des spécialités Paroxétine, Olanzapine et Alprazolam. Si Mme C soutient qu'étant originaire du Donbass, elle ne pourra accéder aux soins et traitements nécessités par son état de santé du fait de la forte dégradation du système de santé ukrainien, les articles qu'elle produit, qui font état des attaqués menées par la Russie depuis le 24 février 2022 contre les établissements de santé ukrainiens, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège médical de l'OFII et démontrer que Mme C ne pouvait, à la date de la décision attaquée, avoir accès à un traitement et une prise en charge médicale adaptés dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet aurait commise dans son appréciation des conséquences de sa décision sur l'état de santé de la requérante doit également être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".

13. Mme C, présente sur le territoire français depuis sept ans à la date de la décision attaquée, fait valoir qu'elle a établi sa vie privée en France. Elle expose qu'elle est fille unique, que ses parents sont désormais installés en Russie et qu'elle est en rupture familiale, son concubin, avec lequel elle vivait à Donetsk depuis 2012, étant décédé en 2016 durant le conflit. Elle ajoute qu'elle était enceinte et a perdu l'enfant qu'elle portait après avoir été agressée par des hommes qui lui réclamaient une somme d'argent. Toutefois, l'intéressée ne justifie pas d'une particulière intégration dans la société française. Si elle a travaillé pendant des courtes durées en 2020 et 2021 alors qu'elle bénéficiait d'une autorisation de travail, en tant qu'employée de commerce puis de serveuse, elle ne fait état d'aucune attache particulière en France. Dans ces conditions, les éléments dont elle fait état ne suffisent pas à établir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, à la date de la décision attaquée, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus de séjour, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, pour les raisons indiquées au point 13, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En troisième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

17. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, en cas de retour dans son pays d'origine, Mme C ne pouvait avoir accès à une prise en charge médicale appropriée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision désignant l'Ukraine comme pays de renvoi.

19. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

20. Mme C se prévaut du conflit armé particulièrement violent qui se déroule en Ukraine depuis le 24 février 2022 et du fait qu'elle ne pourra bénéficier effectivement dans ce pays d'une prise en charge médicale adaptée pour soutenir que le préfet, en désignant l'Ukraine comme pays de renvoi, a méconnu les dispositions et stipulations citées au point précédent. Toutefois, si cette circonstance est de nature à remettre en cause l'exécution de la mesure d'éloignement attaquée, ce dont convient le préfet de la Loire-Atlantique, elle ne permet pas d'établir qu'à la date à laquelle cette mesure a été prise, la situation de conflit qui prévalait dans le Donbass ne permettait pas de renvoyer Mme C en Ukraine sans l'exposer à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite et eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la possibilité pour Mme C d'accéder à une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance de ces articles doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ne peut non plus être accueilli.

21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 20 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

22. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

23. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme C au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Solène Le Floch.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

fm

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