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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113154

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113154

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantLAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2021 et 19 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Nantes a refusé de le titulariser en qualité de professeur certifié du second degré de l'enseignement public, discipline " Mathématiques ", ainsi que la décision du 16 septembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler la délibération du jury académique en date du 23 juin 2021 émettant un avis défavorable à sa titularisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas démontré que le jury académique était régulièrement composé ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a fait preuve des compétences professionnelles nécessaires à sa titularisation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 juin 2022 et 20 avril 2023, la rectrice de l'académie de Nantes conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

La rectrice de l'académie de Nantes fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête, dès lors que M. A a été titularisé à compter du 1er septembre 2022 dans le corps des professeurs agrégés de classe normale, discipline " Mathématiques ", cette titularisation emportant renonciation à la titularisation dans le corps des professeurs certifiés ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 10 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'avis émis par le jury académique chargé d'évaluer l'aptitude professionnelle des professeurs stagiaires du 23 juin 2021.

Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2024 et communiqué, la rectrice de l'académie de Nantes formule des observations en réponse au moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de M. Templier, conseiller ;

- les conclusions de M. Danet, rapporteur public ;

- et les observations de Me Launay, avocat du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été admis à la session 2020 du concours de recrutement des professeurs certifiés en mathématiques et affecté au collège Le Galinet à Blain (Loire-Atlantique) pour y effectuer une année de stage au titre de l'année 2020-2021, à l'issue de laquelle le jury académique chargé d'évaluer l'aptitude professionnelle des professeurs stagiaires a, par une délibération du 23 juin 2021, estimé qu'il n'y avait pas lieu de titulariser M. A. Par une décision du 2 juillet 2021, la rectrice de l'académie de Nantes, suivant la recommandation du jury, a refusé de titulariser l'intéressé dans le corps des professeurs certifiés du second degré de l'enseignement public, discipline mathématiques, tout en l'autorisant à effectuer une seconde année de stage. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision du 16 septembre 2021 rejetant son recours gracieux et de la délibération du jury académique du 23 juin 2021.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si la rectrice de l'académie de Nantes conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les décisions en litige auraient été retirées ou abrogées. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a été titularisé le 13 juillet 2022 en qualité de professeur agrégé de mathématiques, cette circonstance n'a pas eu pour effet d'abroger de manière implicite les décisions refusant de le titulariser dans le corps des professeurs certifiés. Par suite, la requête conserve son objet et l'exception de non-lieu ne peut- qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 24 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés : " Les candidats reçus aux concours (), et remplissant les conditions de nomination dans le corps, sont nommés fonctionnaires stagiaires et affectés pour la durée du stage dans une académie par le ministre chargé de l'éducation (). / Le stage a une durée d'un an. Ses prolongations éventuelles sont prononcées par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle il est accompli (). / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 26 du même décret : " A l'issue du stage, la titularisation est prononcée par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle le stage est accompli, sur proposition du jury mentionné à l'article 24 () / Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés par le recteur de l'académie dans le ressort de laquelle ils ont accompli leur stage à effectuer une seconde année de stage (). A l'issue de cette année, ils sont titularisés dans les conditions fixées au premier alinéa. / Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à accomplir une seconde année de stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés sont soit licenciés par le ministre chargé de l'éducation nationale, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. / () ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et de la ministre de la décentralisation et de la fonction publique du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires : " Il est constitué un jury académique par corps d'accès de cinq à huit membres nommés par le recteur. / () / Le jury académique est composé de membres qui ne sont pas affectés dans l'établissement d'enseignement supérieur chargé d'assurer la formation des stagiaires de l'académie. / () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : / I. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage dans les établissements publics d'enseignement du second degré : / 1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur () / 2° L'avis du chef de l'établissement dans lequel le fonctionnaire stagiaire a été affecté pour effectuer son stage établi sur la base d'une grille d'évaluation ; / 3° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire pour les parcours effectués en alternance. ". Et aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation. ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.

5. Le requérant soutient que les décisions contestées sont entachées d'un vice de procédure, eu égard à l'absence de justification de la composition régulière du jury académique. La rectrice de l'académie de Nantes ne produit pas le procès-verbal de la séance du 23 juin 2021 au cours de laquelle le jury académique a émis un avis défavorable à la titularisation de M. A et n'apporte donc pas la preuve, dont la charge lui incombe, de la régularité de la composition de ce jury, tel qu'elle est fixée par les dispositions précitées de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014. Un tel vice de procédure, qui a nécessairement privé l'intéressé d'une garantie, est de nature à entacher d'illégalité les décisions en litige.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de faire état de l'examen réalisé de l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions contestées.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis du jury académique en date du 23 juin 2021 ainsi que les décisions de la rectrice de l'académie de Nantes des 2 juillet et 16 septembre 2021 sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

Mme Glize, conseillère,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER Le greffier,

A. CORTET

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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