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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113171

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113171

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, et de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L.425-9 et L.611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L.425-9 et L.611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante de la République démocratique du Congo (RDC), née le 12 décembre 1968, déclare être entrée irrégulièrement en France le 22 mars 2012. La demande d'asile qu'elle avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 avril 2013 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 décembre 2013. Le 1er mars 2013, l'intéressée a sollicité du préfet des Côtes d'Armor la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé et a obtenu une carte de séjour temporaire renouvelée deux fois et une carte de séjour pluriannuelle, valable du 24 mars 2017 au 23 mars 2021. Le 2 avril 2021, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 425-9 de ce code. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 19 octobre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée (). "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité à Mme B, le préfet de Maine-et-Loire s'est en particulier fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration du 17 juin 2021 selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, bénéficier d'un traitement approprié dans ce pays.

5. Au soutien de ses conclusions, Mme B se borne à faire valoir qu'elle souffre de problèmes d'hypertension artérielle nécessitant une prise en charge médicale sur le territoire français, comme en fait état le certificat médical produit, établi le 22 novembre 2021. En outre, l'intéressée évoque un état de pauvreté dans son pays d'origine, ce qui l'empêcherait, selon elle, d'avoir accès à un traitement approprié. Toutefois, ces seuls éléments, au demeurant non corroborés par des éléments de preuve, ne sont pas propres à établir qu'il n'existe pas de possibilités de traitement approprié d'une telle affection en République démocratique du Congo. Le préfet de Maine-et-Loire produit, pour sa part, la liste des médicaments essentiels de la République démocratique du Congo, dont résulte que de nombreux médicaments hypertenseurs sont disponibles dans ce pays. Aucun élément au dossier ne permet d'estimer que de tels médicaments ne seraient pas accessibles à la généralité de la population dans ce pays. La requérante ne justifie pas de circonstances exceptionnelles tirées de particularités de sa situation personnelle qui l'empêcherait d'accéder effectivement à une prise en charge médicale dans son pays d'origine. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", faisaient obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Mme B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2012, ainsi que de la présence de ses deux filles majeures, dont l'une est de nationalité française. Toutefois, les deux seules attestations établies par ces dernières, au demeurant dans des termes peu circonstanciés, ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité des relations familiales entretenues entre elles et la requérante. Il ne ressort pas du dossier que la requérante serait à la charge de ses filles établies en France, ou que l'une ou l'autre de ces dernières seraient à la charge de leur mère. L'intéressée ne justifie pas avoir d'autres relations sociales et n'établit pas avoir noué en France des liens personnels particulièrement intenses, durables et stables. Il ne ressort pas du dossier que ses filles résidant en France ne pourraient se rendre auprès de leur mère ailleurs qu'en France, en particulier en République démocratique du Congo. La requérante ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où réside sa fille âgée de 24 ans et où, en 2012, lors de sa demande d'asile, elle avait déclaré que résidaient trois de ses cinq enfants. La requérante ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre son existence dans le pays dont elle a la nationalité et où elle a vécu pendant plus de quarante ans. Enfin, la seule production d'un contrat de travail à durée déterminée signé avec l'association " Régie de quartiers d'Angers " le 7 avril 2021, soit six mois avant l'édiction de la décision attaquée, ainsi que les bulletins de salaire y afférent, ne permet pas de regarder l'intéressée comme insérée professionnellement dans la société française. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts dans lesquels il lui a fait obligation de quitter le territoire français. Dès lors, cette obligation ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'elle présente ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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