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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113307

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113307

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021, Mme B F épouse A, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il n'est pas établi que la signataire de la décision était compétente et bénéficiaire d'une délégation de signature régulière et précise ; l'empêchement du préfet n'est pas établi ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'état de santé de son époux nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ne peut disposer des soins nécessités par son état de santé dans son pays d'origine ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F épouse A, ressortissante albanaise née en octobre 1952, est entrée en France en décembre 2018. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 octobre 2019. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 janvier 2020. Elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'accompagnante de son époux malade. Par des décisions du 9 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office à défaut de se conformer à cette obligation.

2. En premier lieu, l'arrêté du 9 mars 2021 a été signé, pour le préfet et par délégation, par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 8 janvier 2021 publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, au titre du bureau du séjour et du bureau du contentieux et de l'éloignement, notamment les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par ailleurs cette délégation n'est pas conditionnée à l'absence ou l'empêchement du préfet. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire n'est pas fondé et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le refus de séjour opposé le 9 mars 2021 comporte, contrairement à ce que soutient la requérante, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, disposait que : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / L'autorisation provisoire de séjour mentionnée au premier alinéa, qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. L'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur disposait que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

7. Si l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, permet à l'autorité administrative de délivrer une autorisation provisoire de séjour au bénéfice d'un parent d'un enfant étranger malade qui remplit les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11 du même code, il n'existe pas de disposition similaire pour le ressortissant étranger accompagnant son conjoint malade qui répondrait aux mêmes conditions. Toutefois, saisie d'une telle demande, l'administration doit vérifier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que la présence de l'intéressé aux côtés de son conjoint est justifiée et indispensable pendant la durée de ses soins et que le refus d'autoriser son séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de ses motifs.

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 9 mars 2021, la demande de titre de séjour de l'époux de Mme A a été rejetée, cette décision ayant été assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Ces décisions sont fondées, entre autres, sur un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Office français de l'immigration et de l'intégration) du 27 mars 2020 ayant estimé que si l'état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Albanie compte tenu de l'offre de soins et des caractéristiques du système de santé dans ce pays. Si les documents médicaux produits établissent que l'état de santé de l'époux de Mme A nécessite une prise en charge médicale, les documents produits généraux et anciens, relatifs aux inégalités caractérisant le système de santé albanais ne permettent pas d'établir que M. A ne pourrait bénéficier du traitement approprié à son état de santé dans le pays d'origine du couple. Il suit de là que, compte tenu des décisions opposées à son époux, dont l'illégalité n'est pas démontrée, le refus d'autoriser Mme A au séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnait donc ni les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que Mme A n'est pas fondée à invoquer, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 9 mars 2021, l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et sous astreinte et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Marie Béria-Guillaumie, présidente,

M. Bruno Echasserieau, premier conseiller,

Mme Agathe Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

M. E

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2113307

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