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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113320

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113320

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, M. G H, représenté par Me Thoumine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 24 novembre 2021 par lesquels le préfet de la Loire-Atlantique, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et lui a interdit le retour pour une durée d'un an, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois dans la commune de Nantes ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de Me Thoumine, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les arrêtés contestés ont été signés par une autorité compétente ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- il n'est pas démontré que les conditions énoncées au 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenant au défaut de garanties de représentation suffisantes, sont réunies ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- des circonstances humanitaires justifient qu'elle ne soit pas prononcée comme le prévoit l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2022 le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. H par une décision du 6 décembre 2021.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

2. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Ce risque peut, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code, " être regardé comme établi, sauf circonstances particulières, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

5. Par ailleurs, l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose en outre que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

6. M. G H, ressortissant algérien né le 27 février 1991 déclarant être entré en France, où il s'est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, en mai 2017, a été interpellé le 23 novembre 2021 à l'occasion d'un contrôle d'identité par les services de la police aux frontières et placé en retenue administrative pour vérification de sa situation au regard du droit au séjour. Par arrêté du 24 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, en application des dispositions citées aux points 1 à 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait obligation à M. H de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et lui a interdit le retour pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique en application des dispositions, citées au point 5, de l'article L. 731-3 du même code, a assigné l'intéressé à résidence dans la commune de Nantes dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement et pour une durée de six mois. M. H demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

7. Les arrêtés ont été signés par Mme F A, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture de la Loire-Atlantique, habilitée à exercer, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme D E, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. J C, son adjoint, la délégation de signature consentie par le préfet, selon arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, interdisant le retour sur le territoire et portant assignation à résidence. Dès lors qu'il n'est ni soutenu ni même allégué que Mme E et M. C n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. H fait valoir qu'il vit en France avec sa famille depuis quatre ans et demi, que son épouse a déposé une demande de titre de séjour et que ses enfants sont scolarisés depuis trois ans. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son épouse Mme I B, une compatriote née le 2 juin 1991, ne dispose pas davantage d'un titre de séjour -aucune demande de titre n'étant d'ailleurs en cours d'instruction à la date de la décision attaquée-, et qu'il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale, en outre composée de deux enfants, respectivement nés le 30 août 2016 à Ceuta (Espagne) et 25 octobre 217 à Saint-Nazaire, scolarisés en maternelle, se reconstitue en Algérie, où l'intéressé a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six et où résident ses parents. L'obligation de quitter le territoire français litigieuse ne peut, dans ces conditions, être regardée comme portant au droit de M. H au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

10. En second lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 9, le préfet ne peut être regardé comme n'ayant pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants du requérant, qui est de demeurer auprès de leurs parents, et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie. M. H n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français sans délai litigieuse méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant comme privant ses enfants de la présence de leur père.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. Le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. H est fondé sur ce qu'il existe un risque que celui-ci se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, risque devant être regardé comme établi dès lors, primo, que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, deuxio, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et, tertio, ne présente pas de garanties de représentation suffisante dans la mesure où il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité.

12. Il est constant que M. H, entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Cette circonstance suffit, à elle seule, à justifier légalement le refus d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire en application des dispositions, citées au point 2, des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même M. H aurait connu, à l'occasion de sa garde à vue, un " état de stress intense " et qu'il disposerait d'une " adresse certaine dès son arrivée en France ".

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, en se bornant à faire état de ce qu'il vit en France depuis bientôt cinq ans avec sa femme et ses deux enfants, scolarisés depuis trois années, et de la parfaite intégration de la famille, M. H ne démontre pas que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté, prévue à l'article L. 612-6, cité au point 3, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ne pas édicter, au vu de circonstances humanitaires, d'interdiction de retour assortissant l'obligation de quitter le territoire français sans délai litigieuse.

14. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

Sur la légalité de l'assignation à résidence :

15. M. H n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'assignation à résidence.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. H ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G H, à Me Thoumine et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAYLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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