jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2113327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 novembre 2021 et le 27 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé valant autorisation de séjour et de travail, dans l'un et l'autre cas dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11-2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés, tant au regard de la légalité interne qu'externe, à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Giraud, président-rapporteur,
- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né en 2003, déclare être entré en France au cours du mois d'octobre 2018. Il a été confié au conseil départemental de Loire-Atlantique jusqu'à sa majorité. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11, de l'article L. 313-14, de l'article L. 313-15 et de l'article L. 313-11 2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version en vigueur. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 22 mars 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée ; (). "
3. Le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité sur le fondement du 2° bis de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au double motif que l'intéressé, qui a produit au soutien de sa demande un jugement supplétif et sa transcription supposément apocryphes, ne peut légalement attester de son identité ni de sa qualité de mineur lors de son entrée en France, et, en outre, qu'il ne démontre pas être dénué de liens familiaux dans son pays d'origine.
4. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision critiquée : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants ".
5. L'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit, dans sa rédaction alors applicable, en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Ce dernier article dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. En particulier, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'admission au séjour sur le fondement du 2° bis de L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative d'y répondre, sous le contrôle du juge, au vu de tous les éléments disponibles, dont les évaluations des services départementaux et les mesures d'assistance éducative prononcées, le cas échéant, par le juge judiciaire, sans exclure, au motif qu'ils ne seraient pas légalisés dans les formes requises, les actes d'état civil étrangers justifiant de l'identité et de l'âge du demandeur.
8. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a présenté à l'administration un jugement supplétif d'acte de naissance n° 5080 rendu le 27 juin 2018 par le tribunal de grande instance de Kaloum, et un document se présentant comme un " extrait du registre de l'état-civil naissance " n°4017/VC/CK/BEC/2018 du bureau d'état-civil de la commune de Kaloum, en date du 9 juillet 2018.
9. Pour établir le caractère irrégulier, falsifié ou inexact des documents en cause, le préfet de la Loire-Atlantique soutient que la requête visant à l'obtention du jugement supplétif n° 5080 est datée de la veille de l'audience, que le jugement supplétif et l'acte transcrit précisent que la naissance devra être retranscrite dans le registre d'état civil de l'année de naissance, en violation des dispositions de l'article 180 du code civil guinéen, que les mentions obligatoires, à savoir les dates de naissance des parents, ne figurent pas sur les actes d'état civil litigieux, en méconnaissance de l'article 175 du code civil guinéen, et qu'enfin le montant d'acquittement du droit de timbre n'est pas conforme aux tarifs en vigueur en Guinée.
10. Toutefois, si le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir que la brièveté de la procédure pourrait remettre en cause le caractère contradictoire de celle-ci, il ressort des visas du jugement que le ministère public a pu présenter des observations. En tout état de cause, cette circonstance n'établit pas, en l'absence d'éléments démontrant que les règles de droit et usages juridictionnels guinéens organisent de manière différente l'instruction des demandes de jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, que cette décision juridictionnelle procède d'une démarche frauduleuse. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que le juge local se soit mépris sur les dispositions de l'article 180 du code civil guinéen régissant les conditions de transcription de l'acte de naissance en marge des registres d'état civil n'est pas, par elle-même, de nature à établir que le jugement supplétif aurait un caractère frauduleux. Par ailleurs, si le préfet soutient que le jugement supplétif d'acte de naissance et l'acte de transcription dressé au vu de ce jugement ne comportent pas la date de naissance des parents allégués de l'intéressé, mention obligatoire fixée par les dispositions de l'article 175 du code civil guinéen, il ne justifie pas de l'application de ces dispositions, relatives aux actes de naissance, aux jugements supplétifs et aux actes d'état civil dressés selon jugement supplétif. Aucune des dispositions présentées de ce code ne précise les mentions que doivent comporter de tels jugements supplétifs et le registre sur lequel ils doivent en ordonner la transcription, l'article 899 du code de procédure civile, économique et administrative se bornant à cet égard à prévoir que " Toute décision dont la transcription ou la mention sur les registres de l'état civil est ordonnée, doit énoncer, dans son dispositif, les noms, prénoms des parties ainsi que, selon le cas, le lieu où la transcription doit être faite ou les lieux ou dates des actes en marge desquels la mention doit être portée ". Le jugement supplétif présenté satisfait à ces exigences. Par ailleurs, la circonstance que le montant du droit de timbre acquitté aux fins d'obtention du jugement supplétif, au demeurant illisible sur le jugement produit, ne serait pas conforme aux tarifs en vigueur, n'est pas de nature à établir le caractère apocryphe du jugement. Ainsi, aucune des circonstances invoquées par le préfet, lesquelles pour la plupart entendent remettre en cause la façon selon laquelle le juge guinéen a entendu faire application de la loi qui est la sienne, n'est de nature à révéler le caractère frauduleux du jugement supplétif et de l'acte pris pour sa transposition. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique, en retenant ce motif, a fait une inexacte application des dispositions précitées.
11. En second lieu, le requérant est présent sur le territoire français depuis l'année 2018, selon ses déclarations, soit depuis l'âge de quinze ans et près de deux ans à la date de la décision attaquée. Il n'est pas contesté que le requérant justifie du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Agent de propreté et d'hygiène ", tandis qu'il justifie d'un avis favorable de la structure d'accueil, l'association Saint Benoît Labre. Par ailleurs, si le préfet soutient que le père du requérant vit en Guinée, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui ne conteste pas cet élément, entretiendrait des liens significatifs avec son père.
12. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire sur le fondement du 2° bis de l'article L. 313-11 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait une inexacte application de ces dispositions.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2021 du préfet de Loire-Atlantique refusant de lui délivrer un titre de séjour.
14. M. A est, par voie de conséquence, fondé à demander également l'annulation de la décision préfectorale du 22 mars 2021 portant obligation de quitter le territoire français et fixant du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Eu égard au motif sur lequel il se fonde pour prononcer l'annulation des décisions attaquées, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de munir l'intéressé d'une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
16. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rodrigues Devesas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 mars 2021 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Rodrigues Devesas la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rodrigues Devesas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUDL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Y. LE LAY
La greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026