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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113375

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113375

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantABDOLLAHI MANDOLKANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2021, M. B A, représenté par

Me Abdollahi Mandolkani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 8 mars 2021 par laquelle le préfet du Val de Marne a ajourné sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de sa demande de naturalisation à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- n'ayant pas été destinataire du compte-rendu de l'entretien d'assimilation, il n'est pas en mesure de vérifier le bien-fondé de la décision attaquée, en tout état de cause, il a apporté des réponses correctes lors de cet entretien ;

- compte tenu de son intégration professionnelle et de son engagement lors de la crise sanitaire liée à la covid-19, il satisfait aux conditions prévues à l'article 21-16 du code civil.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1979, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 8 mars 2021 par laquelle le préfet du Val de Marne a ajourné sa demande de naturalisation.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'assimilation à la société française du postulant.

3. Pour rejeter le recours hiérarchique formé par M. A et confirmer l'ajournement de la demande de naturalisation, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur l'insuffisante assimilation du postulant à la société française.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien d'assimilation réalisé en préfecture, dont il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe, qu'il devait être remis au postulant à l'issue de l'entretien, que le requérant n'a pas été en mesure de répondre à plusieurs questions simples portant sur l'histoire, la culture et les institutions de la République française et n'a pas été en mesure de définir plusieurs des principes et valeurs républicains. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance que

M. A a pu répondre correctement à certaines des questions qui lui ont été posées au cours de l'entretien, le ministre de l'intérieur, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a pas, en estimant insuffisante l'assimilation de M. A la société française, et en ajournant sa demande de naturalisation, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, les circonstances relatives à l'intégration professionnelle du requérant, y compris durant la crise sanitaire liée à la covid-19, sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée au regard du motif de l'ajournement. En outre, dès lors que le ministre ne s'est pas fondé sur les dispositions du code civil qui fixent les conditions de recevabilité des demandes de naturalisation, mais a statué en opportunité, sur le fondement de l'article 48 du décret du

30 décembre 1993, la circonstance selon laquelle la demande présentée par M. A satisferait à ces conditions de recevabilité, et notamment à celles énoncées à l'article 21-14 du code civil, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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