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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113576

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113576

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2021, M. B D, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif pour la période pendant laquelle il aurait dû en bénéficier ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 700 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été préalablement informé dans une langue qu'il comprend des conditions de refus, de retrait et de suspension des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît le principe de dignité humaine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1990, est entré en France en 2017 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " Dublin " le

21 mars 2017 et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du

25 avril 2017, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile. Par une décision du 9 août 2017, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités. M. D a été transféré en Allemagne le 19 mars 2018, est revenu en France et a présenté une nouvelle demande d'asile, laquelle a été enregistrée en procédure Dublin, le 24 janvier 2019. A l'expiration du délai de transfert, il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 9 décembre 2021, dont M. D demande l'annulation, l'OFII a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 27 août 2020, le directeur général de l'OFII a donné à Mme A C, directrice territoriale de l'OFII à Nantes, délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique à l'intéressé qu'il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il ne s'est pas présenté aux autorités et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date d'acceptation des conditions matérielles d'accueil : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D a attesté, par sa signature de l'offre de prise en charge de l'OFII du 21 mars 2017, avoir été évalué par l'OFII dans une langue qu'il comprend et avoir été informé des conditions de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Il ressort également des pièces du dossier que M. D a été reçu à un nouvel entretien le 21 janvier 2021 au cours duquel il a été interrogé en particulier sur sa vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés du défaut d'entretien de vulnérabilité et du défaut d'information doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que l'OFII a procédé à un examen sérieux de la situation de M. D.

7. En cinquième lieu, les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil

8. L'OFII a décidé de suspendre les conditions matérielles d'accueil de M. D au motif qu'il ne s'était pas présenté aux autorités et avait méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été déclaré en fuite le

12 juillet 2017 et que son transfert n'a eu lieu que le 19 mars 2018. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En sixième lieu, pour justifier qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité particulière, M. D se borne à produire une ordonnance médicale prescrivant des médicaments sans rapport avec une affection de longue durée. Ainsi, par les pièces qu'il produit, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

10. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, en l'absence d'élément permettant de révéler l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte atteinte au principe de dignité humaine.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Neraudau et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

La rapporteure,

M. E

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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