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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113599

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113599

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2021 et le 23 septembre 2022, M. C D, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 novembre 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; la décision ne vise pas le fondement juridique de sa demande de titre de séjour, soit l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il remplit les conditions prévues par la circulaire du 28 novembre 2012 et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être régularisé ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; il n'a pas été mis en mesure d'apporter des observations sur sa situation personnelle au regard d'une éventuelle obligation de quitter le territoire français notamment sa situation de couple ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- le signataire de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne rapporte pas la preuve qu'il serait légalement admissible dans un autre pays que le Cameroun ; il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- le signataire de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa vie de couple.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. D.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Béarnais, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant camerounais né en avril 1991, est entré en France, selon ses déclarations, en août 2016. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 avril 2017. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 novembre 2017. A la suite de cette décision, il a fait l'objet d'un refus de séjour avec une obligation de quitter le territoire français en mars 2018. Une demande de titre de séjour a fait l'objet d'un nouveau rejet, assorti d'une nouvelle mesure d'éloignement, en mai 2020. M. D a déposé une demande de régularisation. Par des décisions du 9 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à défaut de se conformer à cette obligation et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. M. D demande au tribunal d'annuler les décisions du 9 novembre 2021.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du 9 novembre 2021 refusant de délivrer à M. D un titre de séjour comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, si le requérant soutient que le refus de séjour litigieux ne vise pas l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui serait le fondement de sa demande de titre de séjour, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait effectivement présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement et non une demande de régularisation fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'a analysé le préfet de la Loire-Atlantique. Dès lors le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour du 9 novembre 2021, et à le supposer soulevé, le moyen tiré de l'erreur de droit à n'avoir pas examiné sa demande de titre de séjour au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. D n'établit pas avoir déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut dès lors utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France à l'âge de vingt-cinq ans après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où il n'établit ni même ne soutient ne plus avoir d'attaches privées ou familiales. S'il est présent sur le territoire français depuis cinq années, il n'a séjourné régulièrement dans ce pays qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 novembre 2017. Il s'est irrégulièrement maintenu en France malgré deux mesures d'éloignement en 2018 et 2020. S'il invoque sa relation avec une ressortissante de nationalité française, néanmoins il ressort de l'attestation de cette dernière que la relation sentimentale a débuté en juin 2019 environ deux ans avant la décision contestée tandis que la vie commune du couple ne datait que du mois d'octobre 2021, soit quelques semaines avant le refus de séjour contesté. Les circonstances que M. D et sa compagne française ont conclu un pacte civil de solidarité en février 2022 et que sa compagne soit enceinte avec un accouchement prévu au mois d'octobre 2022, s'ils sont susceptibles d'avoir désormais une incidence sur le droit au séjour de l'intéressé, sont sans incidence sur la légalité du refus de séjour du 9 novembre 2021 dès lors qu'il s'agit de circonstances postérieures à l'édiction de cette décision. Il suit de là qu'en refusant le 9 novembre 2021 de délivrer à M. D un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, en instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 du même code. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif.

8. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de la circulaire du 28 novembre 2012.

9. En dernier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. Compte tenu des conditions et de la durée du séjour en France de M. D, la seule circonstance qu'il ait exercé temporairement un emploi et qu'il présente une promesse d'embauche n'est pas de nature à établir l'existence de motifs exceptionnels, ni de considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 du jugement que M. D n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 9 novembre 2021, le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour du même jour sur lequel il se fonde. Toutefois, les circonstances postérieures à l'arrêté litigieux et tirées de ce que M. D a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française dont l'emploi de gendarme l'empêche de suivre son partenaire dans son pays d'origine, et est désormais père depuis octobre 2022 d'une petite fille de nationalité française, si elles sont sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français qui leur est antérieure, sont de nature à faire obstacle à l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

13. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de cette charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / (). ".

14. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (arrêt C-141/12 et C-372/12 du 17 juillet 2014), que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Toutefois, M. D, qui a été à même de faire valoir tout élément utile tenant à sa situation personnelle à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour et tout au long de l'instruction de sa demande et qui ne fait état d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration et qui aurait été susceptible d'influer sur le prononcé de la mesure prise à son encontre, n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de son droit à être entendu dans des conditions de nature à caractériser une méconnaissance du principe précité.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

15. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Par ailleurs, l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé au nom du préfet de la Loire-Atlantique par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 31 août 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme A une délégation à l'effet de signer, dans le cadre des attributions relevant de sa direction " tous arrêtés et décisions relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires aux maires ", et plus précisément au titre du bureau du séjour " - les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire " et au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement " - les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance / () - les décisions portant interdiction de retour ou de circulation sur le territoire français / - les décisions fixant le pays de renvoi () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

17. En deuxième lieu, la décision fixant le pays d'éloignement de M. D comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation manque donc en fait et doit donc être écarté.

18. En dernier lieu, d'une part, la circonstance que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la possibilité pour l'étranger d'être reconduit dans un pays, autre que son pays d'origine, où il serait légalement admissible ne saurait impliquer que l'autorité préfectorale doive systématiquement établir que la personne faisant l'objet d'une mesure d'éloignement soit admissible dans un autre Etat que son état d'origine. Il suit de là que M. D ne saurait soutenir que la mention d'un autre Etat où il serait légalement admissible, par stricte application de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entache d'illégalité la décision litigieuse et qu'il appartiendrait au préfet de la Loire-Atlantique d'établir qu'il serait légalement admissible dans un autre Etat que le Cameroun.

19. D'autre part, M. D soutient qu'il encoure des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il serait recherché par le groupe Boko Haram qui veut l'embrigader de force. Toutefois, les documents produits, constitués de photographies non circonstanciées, d'une capture d'écran d'un réseau social dont l'auteur est inconnu et d'un avis de recherche au nom de M. D en raison de sa disparition, insuffisamment circonstanciés, ne permettent pas d'établir la réalité des risques allégués. Au demeurant, la demande d'asile présentée par l'intéressé a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et son recours contre cette décision rejeté par la Cour nationale du droit d'asile en 2018. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance, par les décisions fixant le pays de destination, des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur l'interdiction de retour :

20. L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

21. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16 du jugement.

22. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux qui relève que la présence de M. D ne présente pas une menace pour l'ordre public mais que l'intéressé d'une part ne s'est pas conformé à plusieurs mensure d'éloignement et d'autre part rappelle sa situation familiale en France et dans son pays d'origine est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

23. En dernier lieu, compte tenu de la durée de la relation entre M. D et sa compagne française et du caractère très récent, à la date de la décision contestée, de leur vie commune, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une année. Toutefois, les circonstances postérieures à l'arrêté litigieux et tirées de ce que M. D a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française et est désormais père depuis octobre 2022 d'une petite fille de nationalité française, si elles sont sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français qui leur est antérieure, sont de nature à faire obstacle à l'interdiction de retour sur le territoire français.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 9 novembre 2021. Il suit de là que ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

M. E

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2113599

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