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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113607

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113607

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 700 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle a été préalablement informée dans une langue qu'elle comprend des conditions de refus, de retrait et de suspension des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît le principe de dignité humaine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 3 mai 1998, est entrée en France en 2019 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 27 août 2019 et elle a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 9 mars 2021, dont Mme A demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait refusé une proposition d'hébergement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date d'acceptation des conditions matérielles d'accueil par

Mme A : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région () / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

3. Pour suspendre les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme A, l'OFII a retenu que l'intéressée avait refusé l'orientation dans un centre d'hébergement. Il est constant que Mme A a refusé une proposition d'hébergement à Saumur le 8 février 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, enceinte de huit mois à la date de la décision attaquée et mère d'un enfant né le 6 avril 2020, était suivie au centre hospitalier universitaire de Nantes. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard au terme imminent de sa grossesse et au très jeune âge de son enfant aîné, Mme A justifie d'une vulnérabilité particulière. Par suite, elle est fondée à soutenir qu'en suspendant ses conditions matérielles d'accueil, impliquant la sortie du lieu d'hébergement qu'elle occupait à Nantes, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 9 mars 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de

Mme A à compter de la date de leur suspension effective.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Neraudau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 9 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme A à compter de la date de leur suspension effective.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Neraudau une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Neraudau et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

La rapporteure,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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