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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113648

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113648

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL ANTARIUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, M. A B et Mme C D épouse B, représentés par Me Meunier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Angers a accordé à la société civile de construction vente (SCCV) Trapèze un permis aux fins de démolition d'une maison et ses annexes et de construction d'un immeuble d'habitation au 9 B rue Chef de Ville et la décision implicite par laquelle il a rejeté leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Angers la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire ne comprend pas de plan en trois dimensions du dernier étage et de la toiture et que le formulaire de demande porte sur un immeuble " R+3+combles " alors que la notice architecturale évoque un immeuble " R+3+attique disposant de deux logements T4 " ;

- il méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas fait mention du voisinage dans le document graphique et que le dossier de demande ne comprend aucune photographie depuis ou vers ce voisinage, notamment leur parcelle dont le jardin supportera le vis-à-vis direct de plusieurs ouvertures et cinq balcons, voire occulte une propriété pour limiter l'impact réel du projet ;

- le projet méconnaît les articles UA 1 et UA 8 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que la construction ne se concilie manifestement pas avec le bâti existant quant à son volume, son aspect et sa toiture et qu'elle est située à proximité immédiate de plusieurs édifices de caractère et au sein de nombreux périmètres de protection au titre des monuments historiques.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2022, la SCCV Trapèze, représentée par Me Gauvin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté attaqué dès lors que la construction au nord de leur parcelle n'entraînera pas de perte d'ensoleillement ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2022, la commune d'Angers, représentée par Me Blin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'ont pas respecté les formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme lors de la notification de leur recours gracieux au bénéficiaire du permis de construire litigieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- et les observations de Me Meunier, représentant M. et Mme B, celles de Me Carré, substituant Me Blin, représentant la commune d'Angers, et celles de Me Crochemore, substituant Me Gauvin, représentant la SCCV Trapèze.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 février 2022, la SSCV Trapèze a sollicité la délivrance d'un permis en vue de la démolition d'une maison et de ses annexes et de la construction d'un immeuble d'habitation au 9B rue Chef de Ville à Angers. Le maire de cette commune lui a délivré ce permis de construire par un arrêté du 23 juin 2021. Par un courrier reçu à la mairie d'Angers le 18 août 2021, M. et Mme B ont sollicité le retrait de cet arrêté. Ils demandent l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2021 et de la décision implicite par laquelle le maire d'Angers a rejeté leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () d) La nature des travaux ; () ".

3. Il ressort du point 5.2 relatif à la " nature du projet envisagé " du formulaire de demande de permis de construire que la SCCV Trapèze a indiqué que le projet litigieux portait sur une opération de logements collectifs en R+3+combles. Toutefois, elle a également précisé au même point que l'unique bâtiment se décomposait en un rez-de-chaussée réservé au stationnement, des locaux communs et des espaces verts puis quatre étages de logement. La notice architecturale indique quant à elle que le bâtiment porte sur un petit ensemble collectif de dix-huit logements du rez-de-chaussée au R+3+attique, cet attique hébergeant deux grands T4 prolongés de vastes terrasses privatives. Le plan de coupe (PC3) montre la présence de quatre étages de logements au-dessus du rez-de-chaussée réservé au stationnement. Alors même que seuls les plans des R+1, R+2 et R+3 ont été annexés à la demande et en dépit de la mention de " R+3+combles " dans le formulaire de demande, le service instructeur disposait de l'ensemble des éléments nécessaires pour déterminer la nature des travaux en cause. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

5. Le dossier de demande de permis de construire comprend un plan de situation cadastrale et une photographie aérienne permettant de déterminer l'emplacement et la nature du bâti environnant. La notice descriptive indique que la parcelle d'implantation du projet est clôturée de murs d'enceinte, qu'une maison individuelle contemporaine est implantée en limite séparative est, qu'un immeuble collectif en R+3 est implanté à l'ouest et qu'au sud, un mur sépare la cour de stationnement d'un vieux logis accessible depuis la rue Saint Jacques. Le dossier de demande comprend également deux photographies de l'environnement proche, deux photographies de l'environnement lointain dont l'une concerne la rue Saint Jacques, et plus particulièrement l'ouverture sur le projet entre les deux logements situés au 8 bis et au 10 de cette rue, ainsi que deux photomontages relatifs à l'insertion du projet. La comparaison entre la photographie et le photomontage depuis la rue Saint-Jacques révèle une présence plus imposante de la construction projetée par rapport à la construction existante pour les riverains, y compris pour l'une des maisons situées rue Chef de Ville dont l'existence n'est pas masquée contrairement à ce que soutiennent les requérants. Par ailleurs, la situation de la parcelle de ces derniers, de leur jardin et de leur maison par rapport au projet ressort clairement du plan de situation parcellaire et de la vue aérienne sans que n'eut été nécessaire la réalisation d'une photographie ou un photomontage vers ou depuis cette parcelle. Dans ces conditions, le service instructeur disposait des éléments nécessaires pour apprécier l'insertion paysagère du projet dans son environnement proche et lointain. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Conformément à l'article UA 1.1 du règlement du PLUI applicable, les constructions qui, par leur nature, leur importance ou leur aspect, seraient incompatibles avec le caractère du voisinage ou susceptibles de porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique sont interdites. Aux termes de l'article UA 8 de ce règlement : " La construction, l'installation ou l'aménagement, peut être refusé si, par sa situation, son volume ou son aspect, il/elle est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. () Des formes architecturales d'expression contemporaine peuvent également être autorisées si elles s'insèrent harmonieusement dans le paysage environnant. () " Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, le permis de construire étant délivré sous réserve des droits des tiers, la circonstance que le projet autorisé entraînerait des préjudices de vue pour les riverains ou une dépréciation vénale de leurs biens est par elle-même sans incidence sur la légalité de l'acte contesté.

7. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'immeuble faisant l'objet du permis de construire litigieux est implanté à l'alignement de la rue Chef de Ville qui comprend des immeubles et des maisons individuelles, certaines anciennes et d'autres modernes, sans unité architecturale particulière. D'autre part, le projet, tout comme les hangars à démolir actuellement édifiés sur le site, sera visible depuis l'arrière des maisons implantées sur la rue Saint Jacques et ne sera en covisibilité avec ces habitations depuis cette rue qu'à partir de l'ouverture située entre le n° 8 bis et le n° 10. Si M. et Mme B soutiennent que l'immeuble sera implanté à 150 mètres de l'église Saint Jacques et au sein de plusieurs périmètres de protection au titre des monuments historiques, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait situé dans le champ de visibilité d'un tel monument, ainsi que le relève l'architecte des bâtiments de France dans son avis du 11 mai 2021, non plus que de celui de l'église Saint Jacques dont ils n'établissent ni même n'allèguent le niveau de protection. S'il n'est pas contesté par la commune d'Angers que la maison située au n° 10 est qualifiée d'" édifice de caractère patrimonial " par le PLUI, cette circonstance ne saurait à elle seule caractériser une atteinte à l'environnement des lieux du fait de la construction d'un bâtiment moderne en l'absence d'une importante covisibilité entre ces deux bâtiments et en raison de la présence de précédents bâtiments vétustes à cet emplacement et de la coexistence entre bâtis anciens et modernes tant sur l'avant que l'arrière de la maison ainsi qualifiée. Enfin, le projet comprend un pignon de moindre hauteur à l'est pour permettre une transition harmonieuse avec la parcelle voisine et l'arrêté attaqué reprend une préconisation de l'architecte des bâtiments de France imposant que les enduits restent dans la palette de ceux de la rue, proscrivant alors le blanc, afin de garantir une bonne intégration. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que les toitures des bâtiments du secteur sont majoritairement recouvertes d'ardoise, la pose d'une toiture en zinc grise s'insère toutefois dans le paysage urbain proche, la maison située à l'est étant ainsi moderne et comportant un toit plat. Dans ces conditions, l'implantation du bâtiment projeté au sein de ce tissu urbain dense et ne disposant pas d'une harmonie architecturale ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux environnants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles UA 1 et UA 8 du règlement du PLUI doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la SCCV Trapèze et la commune d'Angers, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Angers a accordé à la SCCV Trapèze un permis aux fins de démolition d'une maison et ses annexes et de construction d'un immeuble d'habitation au 9 B rue Chef de Ville ni de la décision implicite par laquelle il a rejeté leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Angers, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme B la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par la commune d'Angers et la SCCV Trapèze au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la SCCV Trapèze et de la commune d'Angers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C D épouse B, à la commune d'Angers et à la SCCV Trapèze.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

H. ELa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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