lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2113673 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 décembre 2021, le 22 mars 2022 et le 24 mars 2022, Mme D E et M. C A, représentés par Me Rodrigues-Devesas, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 18 novembre 2021 des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie) refusant de délivrer à M. C A un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que la commission de recours se soit régulièrement réunie pour examiner leur recours ;
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que, d'une part, l'identité du demandeur de visa est établie, d'autre part, ils justifient de la réalité et de la sincérité de leurs liens matrimoniaux ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 213 et 215 du code civil ;
- elle a été prise en violation des stipulations des article 12, 13 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public, il n'a pas produit de faux documents et il n'a pas fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
- la décision de la commission de recours a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mars 2022 et le 23 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite avant l'enregistrement du recours administratif préalable obligatoire formé par Mme E devant la commission de recours ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Rodrigues-Devesas, avocate de Mme E et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D E, ressortissante française, née le 6 octobre 1976, a épousé, le 29 mai 2021 à L'Isle-Jourdain, M. C A, ressortissant tunisien, né le 7 mai 1981. M. A a déposé une demande de visa de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Tunis, en qualité de conjoint de ressortissante française. Par une décision du 18 novembre 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 6 février 2022, dont Mme E et M. A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
2. En premier lieu, si Mme E et M. A soutiennent qu'aucun élément ne permet de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est effectivement et régulièrement réunie pour examiner leur recours, un tel moyen ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une décision implicite.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du demandeur de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux et complet.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
5. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par M. A, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'identité du demandeur de visa n'est pas établie, d'autre part, le mariage entre l'intéressé et Mme E présente un caractère frauduleux.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant tunisien, s'est marié le 29 mai 2021 à L'Isle-Jourdain avec Mme E, ressortissante française. Pour établir le caractère complaisant du mariage, le ministre de l'intérieur fait valoir que les requérants ne justifient pas de la date de leur rencontre. Il ajoute que M. A est entré irrégulièrement en France le 1er septembre 2017 et qu'il s'y est maintenu, sans être détenteur d'un titre de séjour, pendant près de quatre ans. Le ministre relève également que Mme E n'a pas déclaré à son établissement bancaire le changement de son statut marital. Enfin, le ministre fait valoir que le mariage entre Mme E et M. A est précipité et que les requérants ne démontrent pas l'existence d'une vie commune effective avant et après leur mariage. Il ressort des pièces du dossier que, dans leur requête introductive, les requérants ont affirmé s'être rencontrés " il y a deux ans ", soit à la fin de l'année 2019, alors que M. A s'est déclaré célibataire et sans domicile fixe lors de son audition le 9 septembre 2020 par la direction interdépartementale de la police aux frontières. Si les intéressés soutiennent finalement, dans leur mémoire en réplique, qu'ils ont fait connaissance sur un site internet et qu'ils se sont rencontrés physiquement au mois d'octobre 2020, ils ne produisent aucun élément probant à l'appui de ces affirmations. En outre, si les requérants produisent des photographies de leur mariage et de leur couple, des factures et un contrat établis à leurs deux noms, des attestations délivrées par des proches, un billet d'avion Toulouse-Tunis au nom de Mme E, daté du 20 février 2022, et une déclaration sur l'honneur de M. A en date du 21 avril 2022 certifiant que son épouse et lui-même sont co-propriétaires d'un terrain en Tunisie, ces seules pièces ne suffisent pas à remettre en cause les éléments avancés par le ministre de l'intérieur et à démontrer la sincérité et la réalité de leurs liens matrimoniaux. Il en est de même de l'attestation, délivrée par un expert-comptable, certifiant que Mme E l'a informé de sa situation maritale. Par ailleurs, si les requérants soutiennent qu'ils ont pour projet d'avoir un enfant, ils ne l'établissent pas par la seule production d'une ordonnance médicale, datée du 15 juillet 2021, prescrivant à Mme E la prise d'acide folique. S'il ressort également des pièces du dossier que l'ex-conjoint de Mme E a déclaré le 15 juin 2021, devant le juge aux affaires familiales, que cette dernière avait " un nouveau compagnon ", cette circonstance ne permet pas de démontrer qu'elle entretenait à cette date une communauté de vie avec M. A. Enfin, les justificatifs de transferts d'argent et d'échanges par messagerie électronique produits sont postérieurs à la décision attaquée. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du défaut d'intention matrimoniale de M. A. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le second motif exposé au point précédent, de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
7. En quatrième lieu, compte-tenu de ce qui précède, et alors que l'administration doit être regardée comme démontrant le défaut d'intention matrimoniale de M. A, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 213 et 215 du code civil ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.
8. En cinquième lieu, si les requérants soutiennent que M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a pas produit de faux documents et qu'il n'a pas fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif retenu au point 6.
9. En sixième lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 12 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de la décision attaquée qui n'a ni pour objet ni pour effet d'interdire aux requérants, qui sont déjà mariés, de fonder une famille et ne crée à leur détriment aucune discrimination.
10. En dernier lieu, en se bornant à invoquer les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit à un recours effectif, sans préciser quel droit ou liberté reconnus par la convention aurait été méconnu, Mme E et M. A n'apportent pas au moyen qu'ils invoquent les précisions utiles permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E et M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E et M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Sarda, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. B
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2113673
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026