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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113677

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113677

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantDE SABA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me de Saba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 26 février 2021 par laquelle le préfet du Val de Marne a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation ;

2°) de réexaminer sa demande de naturalisation, au besoin en le convoquant à un nouvel entretien d'assimilation ;

3°) d'ordonner l'attribution de la nationalité française à son profit ou, à défaut, de réduire la durée d'ajournement à un an.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 21-27 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par une décision expresse du 14 février 2023 qui s'est substituée à la décision implicite attaquée, il a rejeté le recours hiérarchique formé par M. A et a confirmé l'ajournement à trois ans de la demande de naturalisation présenté par l'intéressé ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1961, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 26 février 2021 par laquelle le préfet du Val de Marne a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du

14 février 2023 qui s'est substituée à la décision implicite attaquée, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique formé par M. A et a confirmé l'ajournement à trois ans de la demande de naturalisation présenté par l'intéressé. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 14 février 2023.

2. En premier lieu, la décision du 14 février 2023 énonce les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'assimilation à la société française du postulant ainsi que les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de celui-ci.

4. Pour rejeter le recours hiérarchique formé par M. A et confirmer l'ajournement à trois ans de la demande de naturalisation, le ministre de l'intérieur s'est fondé d'une part sur l'insuffisante assimilation du postulant à la société française et d'autre part sur son comportement sujet à caution.

5. S'agissant du premier motif de la décision, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien d'assimilation du 22 février 2021, que le requérant, entré en France à l'âge de neuf ans, n'a pas été en mesure de répondre à plusieurs questions simples portant sur l'histoire, la culture et les institutions de la République française et n'a pas été en mesure de définir plusieurs des principes et valeurs républicains. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a pas, en estimant insuffisante l'assimilation de M. A à la société française, et en ajournant sa demande de naturalisation, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. S'agissant du second motif de la décision, il ressort des pièces du dossier que

M. A s'est rendu coupable de faits de recel de bien obtenu à l'aide d'une escroquerie, le 5 septembre 2013, faits pour lesquels il a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis par le président du tribunal de grande instance de Versailles à la suite d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Le ministre pouvait prendre en considération ces faits, qui n'étaient pas exagérément anciens à la date à laquelle la décision attaquée a été prise et n'étaient pas dénués de gravité, pour apprécier le comportement du postulant et, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose quant à l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite se fonder sur ce motif pour ajourner la demande de naturalisation du requérant sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. En outre, dès lors que le ministre ne s'est pas fondé sur les dispositions du code civil qui fixent les conditions de recevabilité des demandes de naturalisation, et notamment pas sur celles de l'article 21-27 de ce code, mais a statué en opportunité, sur le fondement de l'article 48 du décret du

30 décembre 1993, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 21-27 du code civil. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir, au soutien de son moyen, de la circulaire du 21 juin 2013 du ministre de l'intérieur qui est dépourvue de valeur réglementaire et ne constitue pas des lignes directrices.

7. En dernier lieu, les circonstances relatives à l'intégration professionnelle du requérant et à sa situation familiale, ainsi qu'à son engagement durant la période d'état d'urgence sanitaire en lien avec la covid-19 sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée au regard des motifs de l'ajournement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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