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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113685

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113685

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 décembre 2021 et 18 mars 2022, M. C A, agissant tant en son nom personnel qu'au nom de son fils mineur B A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de déclarer l'Etat responsable des conséquences dommageables du refus illégal de délivrer un visa de long séjour à l'enfant mineur B A ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser à ce titre la somme de 10 590,89 euros et, en sa qualité de représentant légal du jeune B A, la somme de 10 000 euros ;

3°) d'assortir le montant des condamnations des intérêts au taux légal à compter du 10 mai 2021 et de la capitalisation des intérêts échus ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la faute procédant de l'illégalité du refus de visa dont l'annulation a été prononcée par le jugement n° 1809856 du 12 février 2019 du tribunal administratif de Nantes est de nature à engager, à son égard et celui de son fils, la responsabilité de l'Etat, qui est dès lors tenu de réparer les préjudices directs et certains en résultant ;

- le visa en cause a été délivré par l'autorité compétente le 22 juillet 2019 après l'engagement d'une procédure en exécution ;

- il a subi un préjudice matériel s'élevant à 590,89 euros, ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui doivent être évalués à 10 000 euros ;

- son fils a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui doivent être évalués à 10 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les préjudices allégués ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, demande au tribunal de condamner l'Etat à réparer les préjudices résultant de la faute procédant de l'illégalité de la décision implicite née le 26 septembre 2018 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus opposé le 24 mai 2018 par l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) à la demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour à son fils mineur, B A.

2. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 1809856 du 12 février 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision précitée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France pour erreur d'appréciation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant, orphelin de mère depuis le 24 février 2018, et a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer au jeune B A un visa de long séjour dans un délai de deux mois. L'illégalité du refus opposé à la demande de visa est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. A et son fils.

3. Il résulte de l'instruction que le visa sollicité pour l'enfant B A lui a été délivré le 22 juillet 2019 en exécution du jugement précité. La faute en cause a donc eu pour effet de prolonger pendant une période de quatorze mois la séparation des intéressés. Eu égard à cette durée, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui ont résulté pour M. A et pour le jeune B A de la faute imputable à l'Etat, en fixant à 1 000 euros chacun la somme globale destinée à en assurer la réparation.

4. Il résulte également de l'instruction que M. A a dû adresser des transferts d'argent au bénéfice de son fils les 6 octobre et 10 novembre 2018. Compte tenu des justificatifs produits, il sera fait une exacte appréciation du préjudice trouvant son origine directe dans la faute précitée et qui résulte des frais de transfert supportés par l'intéressé en lui allouant à ce titre la somme de 34 euros.

5. En revanche, en se bornant à produire des factures d'achat de cartes téléphoniques prépayées pour l'international, lesquelles ne permettent au demeurant pas d'identifier leur bénéficiaire, M. A n'établit pas la réalité même du préjudice allégué à ce titre. Par ailleurs, si l'intéressé verse au dossier une facture d'achat d'un billet d'avion pour se rendre à Abidjan du 16 au 30 mars 2019, il ne justifie pas de la réalité de ce voyage, alors que les extraits qu'il produit de son passeport ne présentent pas de tampon attestant d'un tel aller-retour.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme globale de 2 034 euros, comprenant la somme de 1 000 euros revenant à l'enfant B A.

7. Le requérant peut prétendre à ce que la somme précitée soit assortie, comme il le demande, des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle l'administration a réceptionné sa demande indemnitaire préalable, soit le 10 mai 2021.

8. La capitalisation des intérêts a été demandée par le requérant dans sa requête enregistrée le 6 décembre 2021. Dès lors, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 mai 2022, date à laquelle, pour la première fois, les intérêts étaient dus pour une année entière, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme globale de 2 034 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 mai 2021. Les intérêts échus à la date du 10 mai 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈS

Le président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2113685

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