mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2113724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2021 et le 4 mars 2022, M. B C, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification de la décision à rendre et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ainsi que de réexaminer sa situation dans les deux mois de cette décision, en lui délivrant un titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né en 1996, est, selon ses déclarations, arrivé sur le territoire français le 24 septembre 2018. Le 6 mars 2021, il s'est marié à Chantonnay (Vendée) avec une ressortissante marocaine née en 1988, titulaire d'une carte de résident valable du 1er février 2016 au 31 janvier 2026. Le 28 avril 2021, M. C a demandé au préfet de la Vendée la régularisation de sa situation au regard du séjour par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté du 22 septembre 2021 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai. Le requérant ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale en cours d'instance, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Par un arrêté du 15 janvier 2021, régulièrement publié le 15 janvier 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée, le préfet de la Vendée a donné délégation à Mme Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un tel arrêté, en toutes les décisions qu'il comporte.
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est marié à une étrangère qui séjourne régulièrement en France depuis au moins 18 mois. Il relève ainsi d'une catégorie ouvrant droit au regroupement familial. Il en résulte que sa situation ne relève pas des prévisions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il ne saurait utilement se prévaloir. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de cet article, qui ne prévoit pas que la délivrance du titre de séjour dont il fait mention serait de plein droit, sont inopérants.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, si le requérant a déclaré être entré sur le territoire français le 24 septembre 2018, il n'en justifie pas et ne justifie pas davantage d'une entrée régulière sur ce territoire. A supposer qu'il y soit entré à la date qu'il a indiquée, il s'y est maintenu irrégulièrement pendant plus de deux ans et demi avant, au mois d'avril 2021, de solliciter la régularisation de sa situation. Son séjour en France demeure récent et son mariage avec une ressortissante marocaine y résidant régulièrement est très récent, les époux n'ayant, à la date de l'arrêté attaqué, pas d'enfant ensemble. Si le requérant fait état de la naissance d'une enfant le 2 juin 2022, cette circonstance est postérieure à la légalité de cet arrêté, dont la légalité s'apprécie à sa date. Comme il a été dit, du fait de son mariage avec une étrangère résidant régulièrement en France, la situation du requérant relève de la procédure et des règles du regroupement familial. Il ne ressort pas du dossier que l'épouse du requérant ne pourrait engager une procédure de regroupement familial concernant son époux, ce à quoi ne fait pas obstacle la circonstance que ce dernier séjourne déjà sur le territoire français. Le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc, où résident ses parents ainsi que quatre de ses cinq sœurs et son frère. Son épouse, elle-même de nationalité marocaine, n'est pas dans l'impossibilité de lui rendre visite au Maroc comme de se rendre dans ce pays. Le requérant et son épouse ne pouvaient ignorer le séjour irrégulier du premier en France au moment de leur mariage en 2021 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne leur ouvrent pas le droit de choisir leur pays de résidence, autre que celui dont ils ont ensemble la nationalité et qui n'est pas partie à ce traité, selon leurs seules convenances. En outre, si le requérant fait état de la situation de l'enfant issue d'un premier mariage de son épouse, il n'est pas le père de cette enfant, n'est pas investi à son égard de l'autorité parentale et il ne ressort pas du dossier que le requérant contribuerait effectivement à la charge, l'entretien et l'éducation de cette enfant née le 13 février 2014, plus de sept ans avant son mariage avec la mère. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, le préfet de la Vendée, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts dans lesquels elles ont été prises. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Aux termes de des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. A la date de l'arrêté attaqué, le requérant n'est le père d'aucun enfant mineur et n'a la charge d'aucun enfant mineur, notamment pas la fille de son épousé née en 2014 d'un premier mariage de cette dernière. Il ne ressort pas du dossier qu'il serait investi de droits ou d'obligations sur cette enfant, à la charge, l'éducation et l'entretien de laquelle il ne justifie pas participer de manière effective et habituelle et ce, quand bien même il viendrait régulièrement la chercher à la sortie de l'école. Dès lors, les décisions attaquées, qui n'ont pas pour effet d'affecter de manière suffisamment directe et certaine la situation de cette enfant, n'en méconnaissent pas l'intérêt supérieur.
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Vendée, qui n'a pas commis d'erreur de droit, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent, par suite, être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Vendée et à Me Gilbert.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026