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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113911

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113911

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de huit jours à compter de la date du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler pendant le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique qu'il est célibataire et qu'il n'établit aucun lien familial ou personnel intense sur le territoire français ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2021, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Perrot, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien, né le 27 avril 1996, est entré en France le 19 janvier 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 26 mai 2015, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 5 juillet 2016. Par un arrêté du 6 octobre 2016, le préfet de la Vendée a refusé d'admettre l'intéressé au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un nouvel arrêté du 7 juillet 2017, le préfet de la Vendée a pris à son encontre un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 29 octobre 2018, l'intéressé a déposé une nouvelle demande d'admission au séjour, en se prévalant d'un contrat à durée déterminée pour un emploi de plongeur-aide cuisinier, qui a fait l'objet d'un rejet le 13 mars 2019. Il a sollicité du préfet de la Vendée son admission au séjour en raison du pacte civil de solidarité (PACS) conclu avec une ressortissante française et de leur vie commune. Le préfet a fait droit à cette demande en délivrant à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 17 avril 2019 au 16 avril 2020. M. C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté du 10 août 2021 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par arrêté du 15 janvier 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Vendée lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles le préfet a décidé de refuser de renouveler le titre de séjour du requérant. Dès lors, cette décision est motivée comme, en conséquence des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français. En outre, cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français et qu'il est de nationalité géorgienne. Par suite, la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, suffisamment motivée.

Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté contesté que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de refuser de renouveler son titre de séjour.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Cet article ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. C a sollicité, le 25 juin 2020, le renouvellement du titre de séjour que le préfet lui avait délivré en raison de sa vie commune avec une ressortissante française, avec laquelle il avait conclu un pacte civil de solidarité (PACS). Faisant suite à une demande de la part de l'administration tendant à ce qu'il justifie du maintien de sa vie commune avec cette dernière, le requérant a informé, le 30 novembre 2020, les services du préfet de sa séparation d'avec cette personne. Le 2 février 2021, M. C s'est alors prévalu d'une promesse d'embauche, établie par une entreprise le 27 janvier 2021, afin de se voir octroyer un titre de séjour en qualité de salarié, dans le cadre d'un changement de statut.

8. A la date de la décision contestée, si l'intéressé a vécu plus de six ans en France, c'est pour une grande part en situation irrégulière et en dépit de deux mesures d'éloignement prises à son encontre et il ne justifie pas avoir noué dans ce pays des liens personnels anciens, intenses et stables, dès lors notamment que le PACS conclu avec une ressortissante française a été dissous le 24 novembre 2020. Le requérant fait valoir, cependant, dans le cadre de la présente instance qu'il a noué une nouvelle relation avec une autre ressortissante française. Toutefois et à supposer même que cette relation ait existé à la date de la décision contestée, ce que le requérant n'établit pas par les pièces qu'il produit, établies postérieurement à cette décision, elle était en tout état de cause extrêmement récente pour remettre en cause le bien-fondé de la décision refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour, qui, plus est, dans le cadre d'un changement de statut, en tant que salarié. Les seules présences de sa mère et de son frère en France ne suffisent pas à établir que l'intéressé, âgé de vingt-cinq ans et qui venait de sortir d'une relation de couple pour, selon ses allégations, en nouer une autre, aurait fixé le centre de ses intérêts familiaux dans ce pays. Enfin, ni les périodes d'activité salariée dont justifie le requérant, de par leur caractère ponctuel, leur nature et le niveau de leur rémunération, ni la promesse d'embauche dont s'est prévalu l'intéressé ne suffisent pas à considérer qu'il était inséré de façon significative et stable en France. Ainsi, la décision refusant d'admettre au séjour M. C ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour ne méconnaît pas, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, les éléments que fait valoir le requérant, tant sur la durée de son séjour en France que sa vie familiale et son expérience professionnelle ne constituant ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point précédent, en relevant que le requérant était célibataire et qu'il n'établissait aucun lien familial ou personnel intense sur le territoire français, l'administration n'a commis aucune erreur d'appréciation ni aucune erreur de fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

11. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles exposés aux points 7 et 8 du présent jugement la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Pour les mêmes raisons que celles exposés aux points 7 et 8 du présent jugement la fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Perrot et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

Le président,

S. DEGOMMIER

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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