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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113914

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113914

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) de constater l'abrogation des décisions du 29 mars 2021 par lesquelles le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'annuler la décision du 29 mars 2021 par laquelle la préfecture de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ont été implicitement mais nécessairement abrogées par la délivrance postérieure d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 28 février 1998, déclare être entré en France le 15 mars 2013. Le 13 mai 2019, il a sollicité du préfet de la Sarthe son admission exceptionnelle au séjour. L'intéressé n'ayant pas donné suite aux demandes de pièces nécessaires à l'instruction de sa demande, il a fait l'objet d'un refus d'enregistrement le 16 décembre 2019. Le 10 mars 2020, il a de nouveau sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour, sans toutefois préciser le fondement de sa demande. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 29 mars 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Postérieurement à cette décision, le requérant a de nouveau sollicité un titre de séjour. Un récépissé de demande de titre de séjour lui a été remis le 3 novembre 2021. M. A demande au tribunal, d'une part, de constater l'abrogation des décisions du 29 mars 2021 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination sous l'effet de la délivrance de ce récépissé, et d'autre part, d'annuler la décision du même jour portant refus de titre de séjour.

Sur l'étendue du litige :

2. Il n'appartient pas au juge administratif de " constater " l'abrogation d'une décision administrative mais seulement, le cas échéant, de prononcer un non-lieu à statuer lorsqu'une telle abrogation permet de considérer que les conclusions présentées ont perdu leur objet.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'arrêté attaqué, le 3 novembre 2021, le préfet de la Sarthe a délivré à M. A un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour l'autorisant à demeurer en France jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa nouvelle demande. Ce récépissé, devenu définitif, a implicitement mais nécessairement eu pour effet d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination en date du 29 mars 2021, qui n'avaient pas encore reçu exécution, ainsi que le fait valoir le requérant. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre ces décisions sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. En revanche, la circonstance qu'un nouveau refus de titre de séjour ait été refusé au requérant le 21 février 2022, que celui-ci ait été contesté par M. A devant le tribunal administratif de Rouen et que ce dernier ait rejeté sa requête ne rend pas sans objet les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour du 29 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, correspondances documents et avis relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe à l'exception des propositions à la légion d'honneur et à l'ordre national du mérite. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, M. A se borne à faire valoir l'ancienneté de sa présence en France ainsi que la seule présence sur le territoire français de son père, toutefois décédé. Si l'intéressé fait valoir une durée de présence sur le territoire français de plus de huit ans à la date de la décision attaquée, il ressort néanmoins des pièces du dossier que son séjour s'est effectué de façon irrégulière, dès lors qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un document de circulation pour enfant mineur, puis d'un titre de séjour. En outre, si le requérant se prévaut de la présence puis du décès de son père sur le territoire français, il ne précise pas la date de ce décès. A supposer même que celui-ci soit décédé postérieurement à la décision attaquée, M. A ne produit aucun document justifiant que son père résidait sur le territoire français et ne précise par ailleurs pas son identité. Au surplus, le requérant ne fait pas valoir la présence d'autres membres de sa famille sur le territoire français. De même, M. A n'établit pas ni n'allègue qu'il serait dénué d'attaches sociales, familiales et culturelles en République démocratique du Congo où il a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. Enfin, le requérant ne se prévaut d'aucune insertion sociale ni professionnelle en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige, et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. / () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. ".

9. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

10. Les éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. A énoncés au point 7 du présent jugement, au regard desquels le préfet a examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, ne constituent ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, la seule circonstance dont se prévaut le requérant tirée de ce qu'il serait présent sur le territoire français depuis plus de huit ans à la date de la décision attaquée n'est pas de nature à caractériser l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant qu'un titre de séjour lui soit délivré sur le fondement de cet article. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Emmanuelle Neraudau et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le président-rapporteur,

T. GIRAUD

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAY

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au le préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

bg

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