mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2113928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MOUTEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Moutel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de délivrer le titre sollicité et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Son recours est recevable ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une irrégularité de procédure ; le préfet s'est estimé lié par l'absence de visa de long séjour, requis par l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il a fait une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 de ce code, devenu L. 435-1 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 30 décembre 1981, est entré en France le 24 octobre 2017, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités portugaises. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par une décision du 14 janvier 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 3 juin 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son contrat de travail à durée indéterminée. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 30 novembre 2020, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Sarthe :
2. Le préfet de la Sarthe soutient que la requête de M. A, enregistrée au greffe du tribunal le 9 décembre 2021, est tardive dès lors que l'arrêté attaqué a été notifié au requérant le 1er décembre 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le délai de recours contentieux, s'il a commencé à courir le 2 décembre 2020, a été interrompu par l'introduction, le 14 décembre 2020, d'une demande d'aide juridictionnelle au profit de M. A. Cette aide lui ayant été attribuée par une décision du 15 juin 2021, le délai de recours contentieux de trente jours recommence à courir à compter de la notification de cette décision. Toutefois, la date de notification de la décision prise sur la demande d'aide juridictionnelle n'étant pas connue en l'espèce, le préfet de la Sarthe n'établit pas que le délai de recours contentieux était expiré à la date d'enregistrement de sa requête. La fin de non-recevoir opposée par le préfet ne peut, par suite, être accueillie.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. C Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de ce département du 4 mai 2020, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, " tous arrêtés, décisions, circulaires et avis, relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : () 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". () ".
5. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code : " La demande d'autorisation de travail () est faite par l'employeur. Elle peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur. " Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article
R. 5221-11 est prise par le préfet () ".
6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'est fondé sur le motif tiré de ce que le requérant n'a produit ni le visa de long séjour ni l'autorisation de travail exigés selon les dispositions précitées. Si M. A se prévaut d'une promesse d'embauche datée du 17 juillet 2020 pour un contrat à durée indéterminée, à temps complet, en qualité d'agent de production au sein de la société SCEA Agi-Serre dans la commune de La Flèche, qui l'emploie depuis le 8 avril 2020, il ne dispose pas d'un visa de long séjour ni d'une autorisation de travail. Par suite, le préfet de la Sarthe, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " () la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article
L. 313-2. ". Ces dispositions laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.
8. Le requérant se prévaut de son intégration par le travail, en tant qu'agent de production saisonnier, et du contrat de travail à durée indéterminé qui lui a été proposé en raison de son investissement professionnel. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Dès lors, le préfet de la Sarthe n'a pas, en refusant d'admettre exceptionnellement M. A au séjour, entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis le
24 octobre 2017, soit un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée. Célibataire et sans enfant, il ne se prévaut d'aucune relation d'une particulière intensité, durée ou stabilité sur le territoire français. En revanche, il déclare que sa conjointe, son enfant mineur et ses frères et sœurs résident au Sénégal, où lui-même a vécu la majeure partie de sa vie. Ses allégations de menaces pesant sur lui en cas de retour au Sénégal ont été écartées par l'OFPRA et par la Cour nationale du droit d'asile, et le requérant n'apporte pas d'éléments probants à ce sujet à l'appui de sa requête. Dans ces conditions, en dépit de la promesse d'embauche faite à M. A, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
12. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du jugement.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
13. D'une part, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
14. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. En se bornant à soutenir qu'il fait l'objet de menaces au Sénégal de la part de la famille de la mère de son enfant né hors mariage, sans apporter aucune pièce au soutien de ses allégations, M. A n'établit pas qu'il encourrait, en cas de retour dans son pays, des risques personnels et actuels pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains et dégradants. Par suite, ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont été méconnues.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cécile Moutel et au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Simon, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.
La présidente-rapporteure,
C. LOIRATL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau
E. GAUTHIER
La greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au le préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
mt
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026