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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113929

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113929

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ; il a des attaches familiales en France, où son frère réside régulièrement ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

9 novembre 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 24 février 1985, est entré en France le 27 avril 2015, sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 29 mai 2015. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 25 mars 2021, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié le 18 mars 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a accordé une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968. Elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de M. C et mentionne des éléments relatifs à sa vie personnelle et professionnelle. La décision attaquée est ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivée en droit comme en fait. Cette motivation circonstanciée de la décision attaquée révèle en outre que celle-ci a été prise à l'issue d'un examen complet et sérieux de la situation particulière de M. C. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen manque dès lors en fait.

4. En deuxième lieu, M. C soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en indiquant qu'il n'établissait pas disposer d'attaches familiales sur le territoire français en dépit de la présence de son frère, bénéficiaire d'un certificat de résidence algérien. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C avait porté la présence de son frère sur le territoire national à la connaissance du préfet. En tout état de cause, il n'établit aucunement que son frère et lui entretiendraient des liens d'une particulière intensité. Dès lors, la seule circonstance que l'intéressé dispose d'une attache familiale en France en la présence de son frère, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En outre, aux termes de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien de 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ".

6. Si M. C se prévaut d'une durée de présence en France de six ans à la date de la décision contestée, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire sans titre de séjour après l'expiration de son visa de court séjour, valable jusqu'au

29 mai 2015, et qu'il n'avait pas cherché à régulariser sa situation de séjour depuis lors. En outre, M. C, célibataire et sans enfant, ne justifie pas de liens d'une particulière intensité, durée ou stabilité sur le territoire. L'intéressé ne justifie pas être dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. S'il produit une attestation de son frère, établie postérieurement à la décision attaquée, indiquant qu'il serait musicien professionnel et participerait à des évènements festifs associatifs et bénévoles, cette unique attestation n'est corroborée par aucun autre élément du dossier. Dès lors, la décision attaquée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté préfectoral serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. D'une part, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

8. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. D'une part, la décision attaquée vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique qu'il ne ressort pas de la situation de M. C qu'il serait personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ou dans tout autre pays de son choix. Cette décision comporte ainsi un exposé suffisant de ses motifs de droit et de fait. Il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de M. C, contrairement à ce que soutient le requérant. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit donc être également écarté.

10. D'autre part, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi en cas d'éloignement d'office.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C,

à Me Solène Le Floch et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. LOIRATL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mt

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