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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114023

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114023

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 décembre 2021 et 1er février 2023, Mme B C, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une méconnaissance des articles 3 paragraphe 1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut de base légale ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Neraudau, avocate de Mme C, ainsi que les observations de cette dernière.

Une note en délibéré, enregistrée le 14 mars 2023, a été présentée pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante gabonaise née le 22 juillet 1981, est entrée en France en décembre 2006 et a obtenu des titres de séjour et récépissés en qualité de " conjoint de français " valables du 12 décembre 2006 au 6 octobre 2010. Elle a divorcé le 26 avril 2010. Le 23 juillet 2009 est née sa fille, reconnue par ses deux parents et dont le père est un ressortissant français. Elle a obtenu deux cartes de séjour temporaire en qualité de " parent d'enfant français ", valables du 15 juillet 2010 au 14 juillet 2013. En 2013, elle est repartie au Gabon, et est entrée à nouveau en France le 8 novembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 23 octobre 2019 au 20 janvier 2020. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 19 mai 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". L'article 9 de cette même convention stipule : " Les Etats parties veillent a` ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. ()."

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est la mère d'une fille, de nationalité française, A, née le 23 juillet 2009 à Angers, de sa liaison avec un ressortissant français. Après la séparation de la requérante d'avec ce dernier, dans un contexte de violences conjugales, le juge aux affaires familiales a rendu, le 22 novembre 2012, un jugement relatif aux modalités de l'exercice de l'autorité parentale fixant la résidence habituelle de l'enfant chez Mme C, ainsi qu'un droit de visite et d'hébergement pour le père et une pension alimentaire de 100 euros à la charge de celui-ci. Il est constant que Mme C est retournée au Gabon au cours de l'année 2013, et que son séjour dans ce pays s'est prolongé jusqu'à son retour en France en 2019. Il n'est toutefois pas contesté que le jugement précité du 22 novembre 2012 est demeuré en vigueur et que Mme C a repris contact avec sa fille dès son retour en France et l'a accueillie à son domicile régulièrement, ainsi que l'indique l'association France horizons. D'ailleurs, la jeune A est venue s'installer chez Mme C en septembre 2021. En outre, Mme C soutient sans être contestée avoir été victime d'actes de violences de la part du père de l'enfant et produit à l'appui de ses dires des certificats médicaux établis en 2011 et 2012 ainsi qu'une main courante d'octobre 2021. Au vu de ces éléments, l'intérêt supérieur de l'enfant, qui a vocation à demeurer sur le territoire français, est de vivre auprès de sa mère, qui en a la garde et n'a pas été déchue de l'autorité parentale. Ainsi, dans ces circonstances particulières, la décision de refus de séjour litigieuse méconnaît l'intérêt supérieur de la jeune A et par suite, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de Maine-et-Loire lui refusant un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation de l'arrêté attaqué du 19 mai 2021 implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à Mme C au titre de sa vie privée et familiale. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire d'accorder ce titre de séjour à Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Neraudau, avocate de la requérante, peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Neraudau d'une somme de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E:

Article 1er: L'arrêté du 19 mai 2021 du préfet de Maine-et-Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire d'accorder à Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Neraudau, avocate de la requérante, une somme globale de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Neraudau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Emmanuelle Neraudau.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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