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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114028

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114028

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021, M. C F A, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa demande et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il vit depuis neuf ans en France, que sa relation avec Mme D est stable et ancienne et qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de son enfant et des enfants de sa compagne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'exécution de la mesure sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 septembre et 15 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité comorienne, est entré en France le 17 octobre 2012 sous couvert d'un visa de long séjour d'une durée d'un an délivré en qualité d'étudiant. M. A a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2014. Le 16 décembre 2014, le préfet du-Rhône a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le 24 octobre 2016, il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 23 octobre 2017. Le 26 octobre 2017, il a sollicité un changement de statut en vue d'obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 17 mai 2018 dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1804653 du 21 novembre 2018, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 7 avril 2021, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 10 novembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas fait droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, publié le 9 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention relative aux droits de l'enfant et notamment son article 3 ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et les éléments concernant la situation personnelle de M. A, notamment son concubinage, l'absence de justification de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant ainsi que ses attaches personnelles et professionnelles en France. La circonstance que l'arrêté mentionne comme la mère de son enfant Mme B et non pas Mme D, dont les éléments d'identité sont précédemment indiqués avec précision, et ne mentionne pas le renouvellement du titre de séjour de cette dernière le 27 octobre 2021 relève d'une erreur matérielle sans incidence sur la motivation de la décision attaquée. Dans ces conditions, cette dernière comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside en France depuis 2012, après s'être soustrait à deux obligations de quitter le territoire français en 2014 et en 2018, et qu'il vit depuis le 31 décembre 2020, soit depuis moins d'une année à la date de la décision attaquée, en concubinage avec une compatriote séjournant régulièrement en France et mère de deux enfants de nationalité française. M. A se prévaut de cette relation ainsi que de son implication auprès des deux enfants de sa compagne et de leur enfant, né le 3 septembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été présent lors de la grossesse de Mme D de la naissance de son fils ainsi qu'aux rendez-vous médicaux concernant cet enfant, participe à l'accompagnement de la scolarité de la fille de sa compagne, s'investit comme bénévole au sein d'une association dont il est également bénéficiaire et a été employé en qualité d'" homme toutes mains " de juin 2013 à juin 2015 et d'ouvrier agroalimentaire en intérim de novembre 2016 à mai 2018. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de regarder M. A, eu égard au caractère récent de la relation avec sa compagne et des conditions de son séjour en France depuis 2012, étant demeuré pendant de nombreuses années en situation irrégulière, comme justifiant de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu ces dispositions en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour sur ce fondement.

7. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la relation de M. A avec son actuelle compagne est récente et qu'il ne justifie pas avoir tissé des liens personnels stables, anciens et intenses en France, où il s'est soustrait à deux obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a reconnu son fils le 27 mai 2020, a été présent lors de la grossesse de Mme D et de son accouchement et vit depuis le 31 décembre 2020 avec sa compagne, ses deux enfants de nationalité française issus d'une précédente union et leur fils. La décision attaquée, qui implique que ce dernier soit séparé de l'un de ses parents ou de sa fratrie qui a vocation à rester en France, doit être regardée comme portant atteinte à son intérêt supérieur protégé par les dispositions de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnait ces dispositions.

9. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français est entachée d'illégalité. Comme le soutient le requérant, cette illégalité prive de base légale la décision fixant son pays de destination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français, à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2021 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif sur lequel il se fonde pour prononcer l'annulation des décisions obligeant M. A à quitter le territoire et fixant le pays de destination, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kaddouri renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 novembre 2021 est annulé en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Kaddouri la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C F A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

H. E

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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