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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114065

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114065

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a maintenu l'ajournement de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation.

Mme B soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnait les circulaires des 25 avril 1995 et 12 octobre 2012 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 29 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 février 2021, le préfet de l'Essonne a ajourné la demande de naturalisation de Mme A B jusqu'au prononcé de la décision de justice qui interviendra à l'issue de la procédure dirigée contre les faits de non-présentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer du 25 octobre au 28 octobre 2019. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours hiérarchique de l'intéressée le 4 juin 2021. Par sa requête,

Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, nonobstant la circonstance qu'elle ne cite pas expressément le code civil. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir du contenu des circulaires des 25 avril 1995 et 12 octobre 2012, qui sont dépourvues de caractère réglementaire.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la personne postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de la personne postulante.

5. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée fait l'objet d'une procédure pour non-présentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer du 25 octobre au 28 octobre 2019, toujours en cours d'instruction.

6. En quatrième lieu, Mme B reconnait les faits et soutient qu'elle n'a jamais été convoquée par les services de police, ce qui laisse présager un classement sans suite de la procédure. Toutefois, eu égard à leur gravité et leur caractère encore récent à la date de la décision attaquée, le ministre, en se fondant sur ces faits, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, les circonstances selon lesquelles Mme B est intégrée, a travaillé pendant la période de crise sanitaire et ses enfants sont français, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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