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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114201

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114201

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de cinq jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 novembre 2021.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Guilbaud, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en février 2002, déclare être entré en France en mai 2017, sans justifier d'une entrée régulière. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique par une ordonnance du procureur de la République auprès du tribunal de grande instance de Nantes du 30 mars 2018, puis par un jugement d'assistance éducative du juge des enfants près du même tribunal du 17 avril 2018. M. A a, ultérieurement, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 27 mai 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Cependant, par un arrêté du 8 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a procédé au retrait de cet arrêté pour réexaminer la demande de l'intéressé. Par de nouvelles décisions du 19 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'accorder à M. A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 19 avril 2021.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, le refus de séjour opposé le 19 avril 2021 comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 19 avril 2021 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. M. A, qui, à la date de la décision attaquée, ne réside que depuis quatre années sur le territoire français, est célibataire et sans enfant. Il n'est, en outre, pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent sa mère adoptive, sa mère biologique et ses frères et sœurs, et où il a vécu la majeure partie de son existence. A la suite de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique jusqu'au 21 août 2018, par le centre départemental enfance famille puis par le centre " TREMEAC " à compter du 12 mars 2019, l'intéressé a bénéficié d'un contrat jeune majeur avec le département du 7 novembre 2020 au 6 mai 2021 puis du 7 mai 2021 au 6 novembre 2021. Au regard de ses difficultés scolaires, il a intégré une classe spéciale de lutte contre le décrochage scolaire en novembre 2019 et a entamé, pour l'année scolaire 2020-2021, un CAP " maintenance des véhicules automobiles ". Les relevés de notes, en dépit de bons résultats, font état d'absences répétées. Si les éducateurs de M. A soulignent dans différentes notes sociales les progrès effectués, ces seuls éléments ne suffisent toutefois pas à caractériser une intégration particulière en France. Dès lors, en refusant d'admettre M. A au séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le préfet n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

7. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Pour les mêmes raisons exposées au point 5, la situation de M. A ne caractérise pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Ainsi, le préfet de la Loire-Atlantique, qui dispose en la matière d'un large pouvoir d'appréciation, n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation du requérant en ne délivrant pas à l'intéressé un titre de séjour à titre de régularisation.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est privée pour cette raison de base légale.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 8, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination n'est pas fondé et doit être écarté.

13. En deuxième lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est privée pour cette raison de base légale.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

La présidente-rapporteure,

M. C L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ef

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