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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114208

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114208

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, Mme C D, représentée par Me Roques, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 6 octobre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours dirigé contre la décision du 10 juin 2021 de l'ambassade de France à Téhéran rejetant sa demande de visa dit de retour ;

2°) d'enjoindre à l'ambassadeur de France à Téhéran de lui délivrer un visa de long séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de preuve de la régularité de la composition de cette commission ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au séjour en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante iranienne, née le 20 février 1942, résidait sur le territoire français, sous couvert d'un titre de séjour valable en dernier lieu du 31 juillet 2019 au 30 juillet 2020. Elle a quitté le territoire français le 2 décembre 2019. Le 6 juin 2021, elle a sollicité la délivrance d'un visa dit de retour auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran, qui ont rejeté sa demande le 10 juin 2021. Par une décision du 6 octobre 2021, dont Mme D demande au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision de refus consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 octobre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : /1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur () ". Aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 313-11 ou L. 431-2 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée, que pour rejeter la demande de visa présentée par Mme D, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que celle-ci a déposé sa demande le 6 juin 2021, alors que sa carte de séjour était expirée depuis le 31 juillet 2020, de sorte que n'ayant pas de droit au séjour depuis cette date, elle ne peut utilement solliciter la délivrance d'un visa dit de retour.

5.Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée en France en 2013, s'est vue délivrer des titres de séjour en qualité de " visiteur " depuis l'année 2014, dont le dernier était valable du 31 juillet 2019 au 30 juillet 2020. Il ressort également des pièces du dossier que les deux premières filles de A D, qui sont de nationalité française et résident en France, disposent de ressources suffisantes pour la prendre en charge lors de ses séjours de longue durée sur le territoire français. Il ressort enfin des pièces du dossier que Mme D, qui se trouvait en Iran depuis le 2 décembre 2019, a sollicité la délivrance d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, par un courriel adressé le 20 mai 2020 aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine qui l'ont invitée à présenter une demande de visa de retour jusqu'à un an après l'expiration de son titre de séjour. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté du séjour régulier en France de Mme D, de la force de ses attaches familiales sur le territoire français, des informations délivrées par la préfecture des Hauts de Seine, et alors que son maintien en Iran depuis décembre 2019 est imputable à la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, la commission de recours, en fondant sa décision sur le motif précédemment exposé, a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale, et par suite, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6.Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7.Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'un visa de long séjour soit délivré à Mme D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8.Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 6 octobre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme D un visa de retour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

S. B

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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