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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114226

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114226

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Cheron, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-20 du code du travail, dès lors que le préfet n'a pas saisi les services de l'administration chargée du travail et de l'emploi et n'a pas procédé à un examen de la situation de l'emploi concernant le métier et le secteur concernés ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle se fonde sur la circonstance qu'il ne fait état d'aucune expérience antérieure à sa demande d'admission au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de celle de l'emploi ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est parfaitement intégré dans la société française, n'est pas en état de polygamie, dispose d'une situation professionnelle stable, a également une bonne maîtrise de la langue française, adhère aux valeurs et principes de la République et sa présence en France ne constitue en aucun cas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité ivoirienne, est né le 28 mars 1980. Il est entré sur le territoire français, le 30 septembre 2017, selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes valable jusqu'au 18 octobre 2017. Le 11 mai 2021, il a déposé une demande d'admission au séjour en qualité de salarié, en se prévalant d'un contrat à durée indéterminée à temps complet sur un poste de technicien de lavage au sein d'une entreprise de transport. Par l'arrêté du 15 novembre 2021 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande, assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Pour un séjour de plus de trois mois : / () - les ressortissants ivoiriens à l'entrée du territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation. ". Aux termes de l'article 5 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : / 1° D'un certificat de contrôle médical établi dans les deux mois précédant le départ et visé : / - en ce qui concerne l'entrée en France, par le consulat de France compétent, après un examen subi sur le territoire de la Côte d'Ivoire devant un médecin agréé par le consulat, en accord avec les autorités ivoiriennes ; / () 2° D'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil. ". En outre, l'article 14 de cette convention stipule que : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats. ".

3. Le préfet de la Vendée s'est fondé, pour refuser l'admission au séjour que M. B sollicitait en qualité de salarié, sur la circonstance, non contestée par l'intéressé, qu'il n'était pas détenteur d'un visa de long séjour. Par suite, l'erreur de droit soulevée au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-20 du code du travail, et tirée de l'absence de saisine par le préfet des services de l'administration chargée du travail et de l'emploi ne peut qu'être écartée comme inopérante.

4. En deuxième lieu, le préfet a relevé dans l'arrêté attaqué que M. B ne démontrait pas, par les éléments qu'il avait produits, avoir exercé une activité antérieure à la promesse d'embauche présentée. Le requérant soutient que l'autorité administrative a commis une erreur de fait en se fondant sur une telle circonstance, dès lors qu'il avait travaillé pendant près de quatre ans dans une entreprise de transport sous couvert d'un contrat à durée indéterminée conclu sous une identité d'emprunt.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les justificatifs de cette activité antérieure n'avaient pas été joints à la demande d'admission au séjour du requérant, de telle sorte que l'administration n'a pas commis l'erreur de fait alléguée. En outre, à supposer même que ces éléments aient été portés à la connaissance de l'administration et qu'elle les ait pris en compte, celle-ci se serait fondée, ainsi qu'elle le fait valoir dans son mémoire en défense, pour rejeter la demande, sur la circonstance que l'intéressé avait travaillé, pendant toute la période en cause, en usurpant une identité, commettant ainsi une infraction pénale. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

6. En troisième, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Cet article ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

7. A la date de la décision contestée M. B résidait depuis quatre ans en France, en situation irrégulière, après l'expiration de la durée de validité du visa de court séjour dont il a bénéficié. Son séjour sur le territoire national n'était donc pas ancien. Célibataire, il n'y avait pas noué des liens personnels d'une particulière intensité, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et notamment familiales en Côte-d'Ivoire, où il a vécu jusqu'à ses trente-sept ans et où réside notamment son enfant mineur. En outre, la promesse d'embauche dont il bénéficie ne suffit pas à établir qu'il serait intégré au plan professionnel. Si l'intéressé justifie avoir travaillé trois ans et demi, c'est dans le cadre d'une usurpation d'identité. Ainsi, les éléments que fait valoir le requérant ne sont pas de nature à établir l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Vendée, qui dispose en la matière d'un large pouvoir d'appréciation, n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation du requérant en rejetant sa demande de régularisation.

8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

9. En dernier lieu, l'obligation de quitter le territoire français contestée est légalement fondée sur le refus de titre pris à l'encontre de M. B. Par suite, les circonstances alléguées par le requérant, tenant à son intégration française et à l'absence de menace pour l'ordre public qu'entraîne sa présence en France sont sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et ne saurait établir que cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

X. C

Le président,

L. MARTIN La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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