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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114236

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114236

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- La compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a commencé à travailler dès le mois de juin 2020 ; il a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la SAS Bouaka ; le préfet, qui n'était pas en situation de compétence liée, aurait dû lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ce contrat ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie d'une durée de résidence en France de plus de deux ans ; il a pu travailler à compter de juin 2020 ; ses sœurs, oncles et tantes résident régulièrement en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

- l'annulation du refus de titre de séjour entrainera, par voie de conséquence, celle de ces décisions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 22 novembre 1996, a déclaré être entré en France le 21 juin 2020 muni d'un visa de court séjour valable du 20 décembre 2019 au 20 juin 2020. Par courrier du 29 décembre 2020, il a sollicité du préfet de la Vendée son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant d'une promesse d'embauche établie à son intention par le gérant de la SAS Bouaka. Sa demande a été rejetée par arrêté du 29 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué du 29 avril 2021 a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, qui disposait, par un arrêté du 15 janvier 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet de la Vendée à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, notamment ceux relatifs à l'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de délivrer un titre de séjour, vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les motifs de fait qui justifient, selon le préfet, le rejet de la demande de titre de séjour. Il précise notamment que M. B ne justifie pas être entré en France sous couvert d'un visa long séjour, qu'il ne fait état d'aucune considération humanitaire susceptible de donner lieu à la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches familiales au sein de son pays d'origine. Il ajoute que la seule invocation d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée ne saurait constituer par elle-même un motif exceptionnel de nature à justifier sa régularisation. Il précise en outre que l'intéressé, célibataire et sans enfant, présent sur le territoire français depuis moins d'un an, ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux en France tels qu'au regard de leur ancienneté et de leur stabilité, il serait porté une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait dès lors aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant avant de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen approfondi de la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a relevé que le requérant ne disposait pas de visa de long séjour lui permettant de travailler en France. Ce motif non contesté suffit à fonder légalement le refus du préfet de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention "salarié". Si le requérant soutient qu'il appartenait au préfet de faire usage de son pouvoir discrétionnaire, il doit ainsi être regardé comme invoquant le bénéfice des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

7. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. D'une part, M. B, célibataire et sans enfant, est entré sur le territoire français, comme il a été dit, le 21 juin 2020. Si, pour justifier de ses attaches familiales en France, l'intéressé se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs, dont une possède la nationalité française, ainsi que de celle d'un oncle et d'une tante, il n'établit pas, alors qu'il était présent sur le sol français depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué, qu'il entretenait à cette date des relations stables, anciennes et particulièrement intenses avec ces personnes. En outre, il ne démontre pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans, a obtenu un diplôme de technicien spécialisé en gestion des entreprises et où résident ses parents. D'autre part, M. B produit une promesse d'embauche établie à son intention le 29 décembre 2020 par le gérant de la SAS Bouaka, qui gère une épicerie sous l'enseigne Proxi à Challans. Selon ce document, cette société s'engageait à recruter M. B par un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet, en qualité d'épicier, à compter du 1er février 2021. Toutefois, si M. B allègue avoir commencé à travailler dans cette épicerie dès juin 2020, il n'en rapporte aucune preuve. Il ne fournit non plus aucun élément de nature à démontrer que la société Bouaka rencontrait des difficultés de recrutement pour pourvoir cet emploi. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé, en tout état de cause, à soutenir que le préfet de la Vendée aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que les circonstances invoquées par l'intéressé ne constituaient pas des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels propres à justifier son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que cette autorité aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, un titre de séjour en qualité de salarié.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Pour les motifs exposés au point 8, en refusant d'admettre M. B au séjour, le préfet de la Vendée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de renvoi :

11. En l'absence d'annulation de la décision portant refus de séjour, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de destination.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de la Vendée du 29 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

14. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Vendée et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

od

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