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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114300

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114300

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 décembre 2021 et le 2 janvier 2022, M. E H C, représenté par Me Cesse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-22, L. 435-1 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, compte tenu du non-respect de son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée ;

- il n'a pas été pleinement et clairement informé par l'établissement d'un procès-verbal permettant de vérifier si ce dernier a besoin des services d'un interprète et s'il a pris connaissance du sens de la décision, de ses conséquences et des droits afférents ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;

- elle n'est justifiée ni par un risque de fuite ni par une menace actuelle à l'ordre public ou à la sécurité publique

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation de sa situation ; elle serait susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, déclare être né le 29 septembre 2003 et être entré en France le 31 janvier 2019. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance de la Sarthe par une décision de la Cour d'appel d'Angers du 21 août 2019. Le 6 juillet 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 décembre 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 novembre 2021, régulièrement publié, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. A, nommé par un arrêté du ministre de l'intérieur du 27 octobre 2017 en qualité de directeur de la citoyenneté et de la légalité et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour ou obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, régulièrement motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/ 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ;() / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ".

6. Il ressort des pièces produites par le préfet en défense, notamment du rapport de la police judiciaire 7 septembre 2021, que la consultation du système d'information sur les visas, dit " G ", a révélé que le requérant avait préalablement enregistré ses empreintes digitales sous l'identité, différente, de M. F H C, ressortissant guinéen né le 29 septembre 1993 à Conakry, employé, et s'était vu délivrer, sous cette dernière identité, un visa de court séjour valable du 29 novembre 2018 au 15 décembre 2018 pour un séjour de 17 jours, délivré le 26 novembre 2018 par l'autorité consulaire française en Guinée afin de participer à l'événement international dit " COP24 ". M. C ne conteste pas sérieusement ces éléments, qui sont de nature à établir le caractère apocryphe des divers documents qu'il a produits pour établir son identité. Dans ces conditions, compte tenu du caractère frauduleux de la production de tels documents à l'appui de la demande de titre de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit, au regard des dispositions des articles L. 423-22, L. 435-1 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou une erreur d'appréciation, en estimant que son état civil n'était pas établi, ce dernier motif justifiant, à lui seul, le refus de délivrance d'un titre de séjour.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France dans des conditions irrégulières, au mois de janvier 2019 selon ses déclarations, période suivant d'ailleurs la délivrance le 26 novembre 2018 du visa mentionné ci-dessus. Son séjour en France est ainsi récent. Célibataire, il n'a, en France, aucune personne à charge. Si, après son arrivée en France, M. C, qui avait été estimé mineur, a bénéficié d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, c'est en raison d'une fraude, qui est établie, sur son état civil. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il serait isolé dans son pays d'origine, où vivent notamment ses parents et ses deux frères. Il n'en ressort pas non plus qu'il n'entretiendrait plus de lien avec sa famille en Guinée ou ne pourrait renouer le contact avec elle. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de l'intéressé en France, le préfet de la Sarthe n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été décidée la mesure d'obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 précité doit être écarté, de même que, pour les mêmes raisons, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français en litige ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour étant régulièrement motivée, eu égard à ce qui précède, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est également en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

12. Le requérant a présenté une demande de titre de séjour. A cette occasion, il a eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'il soit autorisé à séjourner en France et ne soit pas contraint de quitter ce pays et de retourner en Guinée. Il ne justifie d'ailleurs d'aucun élément quelconque relatif à sa situation qui, s'il avait été connu du préfet de la Sarthe, aurait fait obstacle à ce que soit décidée la mesure d'éloignement attaquée ou qui aurait pu le conduire à ne pas la décider. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

14. La décision contestée se fonde sur le refus de délivrer à l'intéressé le titre de séjour qu'il a sollicité. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées.

15. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

16. En sixième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale en raison de cette illégalité.

17. En dernier lieu, la décision attaquée se bornant à décider l'éloignement du requérant sans désigner le pays de destination, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait qui la fondent. Elle se réfère ainsi aux dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans le cas notamment où l'étranger a fait usage d'un document d'identité ou de voyage établi sous un autre nom le sien. Elle est, par suite, régulièrement motivée. Il ressort de cette motivation que cette décision a été précédée d'un examen particulier de sa situation.

19. En deuxième lieu, et à supposer même que le requérant n'aurait pas été pleinement et clairement informé de la possibilité de bénéficier d'un interprète, du sens de la décision, de ses conséquences et des droits afférents, cette circonstance, qui a pour effet de s'opposer au déclenchement du délai de recours, est par elle-même sans incidence sur la légalité de cette décision.

20. En troisième lieu, compte tenu du motif de la décision attaquée, rappelé au point 17, la circonstance que cette décision n'est justifiée ni par un risque de fuite ni par une menace actuelle à l'ordre public ou à la sécurité publique ou nationale est sans incidence sur sa légalité.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

21. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.

22. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation au requérant de quitter le territoire français, qu'il est de nationalité guinéenne et qu'il n'établit pas ne pas pouvoir se rendre dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est régulièrement motivée et il ressort de cette motivation qu'elle a été prise après examen particulier de la situation de l'intéressé.

23. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit que M. C soulève à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bienfondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

24. En quatrième lieu, si M. C soutient que la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi serait susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne fait valoir ou ne produit aucun élément pour étayer cette allégation. Par suite, et compte tenu également de ce qui a été exposé au point 7, le moyen ainsi soulevé et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peuvent qu'être écarté.

25. En dernier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette illégalité priverait de base légale la décision fixant le pays de renvoi.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire :

26. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". La durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont l'autorité administrative assortit l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet un ressortissant étranger auquel aucun délai de départ volontaire n'a été accordé est décidée en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

27. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

28. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la durée de la présence de M. C en France l'absence d'attaches particulières en France de M. C et la circonstance qu'il a fait usage de documents d'état-civil établis à une autre identité que la sienne, et indique que, dans ces conditions, l'interdiction de retour d'une durée d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Cette décision est ainsi, au regard des exigences rappelées au point précédent, suffisamment motivée en droit comme en fait. Il résulte en outre de cette motivation que le préfet de la Sarthe a procédé à un examen particulier et complet de sa situation

29. En second lieu, en se bornant à soutenir qu'il s'agit d'une mesure disproportionnée et que le préfet n'a pas apprécié les circonstances humanitaires, le requérant ne fait valoir aucun élément de nature à établir qu'en prenant cette décision, le préfet de la Sarthe aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

30. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E H C, à Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. D

Le président,

A. B DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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