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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114301

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114301

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMEDJBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, M. C D, représenté par Me Medjber, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de renouveler son titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen, dans les mêmes conditions.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son état de santé fragile nécessite un suivi médical régulier ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant congolais, né le 1er mai 1967, est entré irrégulièrement en France le 10 avril 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 30 juin 2017, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 20 novembre 2017. Il a sollicité, le 15 septembre 2017 du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Le préfet a, par un arrêté du 25 juillet 2018, rejeté cette demande et a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été jugée irrecevable par l'OFPRA, le 29 mars 2019, puis par la CNDA, le 17 septembre 2019. Le préfet de la Sarthe a alors édicté, par un arrêté du 29 octobre 2019, à l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire français sans délai. Ce dernier a sollicité, le 21 mai 2021, à nouveau, du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par l'arrêté du 16 décembre 2021 dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Sarthe s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 27 septembre 2021 selon lequel l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il pouvait voyager sans risque.

5. Le requérant fait valoir qu'il souffre, notamment, de douleurs digestives pour lesquelles il est suivi médicalement en France et bénéficie, en particulier, de traitements médicamenteux. Les éléments qu'il produit, s'ils prouvent que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, ne permettent toutefois pas d'établir que l'arrêt de son traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ses conditions, la circonstance qu'il fait également valoir, selon laquelle l'offre de soins dans son pays d'origine ne lui permettrait pas d'y bénéficier effectivement du traitement approprié, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, et compte tenu du sens de l'avis du collège médical de l'OFII, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe se serait livré à une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait méconnu ces dispositions.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, vivant en France seul et sans charge de famille, ne résidait dans ce pays que depuis cinq années, à la date de la décision attaquée. Il avait donc vécu la plus grande partie de sa vie tant dans son pays d'origine, où résident encore ses sœurs qu'au Gabon, où vivent son épouse et leurs trois enfants. Ainsi, et alors même qu'il n'aurait plus de contact avec son épouse, comme il le soutient, sans toutefois étayer cette allégation d'aucun élément probant, le centre de ses intérêts personnels ne se trouve pas en France. De plus, il est constant qu'il n'est pas inséré professionnellement en France et il n'a pas dans ce pays de perspectives particulières d'insertion. Ainsi, la décision refusant d'admettre le requérant au séjour ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et ne méconnaît, dès lors, pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point précédent et alors même que M. D a des problèmes de santé, pour lesquels il n'est pas établi qu'un défaut de traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la décision assortissant le refus de titre de séjour pris à l'encontre du requérant, qui s'était déjà soustrait à deux mesures d'éloignement, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Les seuls faits que M. D, qui s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement ainsi qu'il a été dit, soit venu en France pour demander l'asile et présente des problèmes de santé ne constituent pas, au cas présent, des circonstances humanitaires justifiant que le préfet n'édicte pas à son encontre d'interdiction de retour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Medjber et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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