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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114332

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114332

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, M. B A C, représenté par Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de le convoquer à une date ne pouvant excéder un délai de soixante-douze heures en vue de se voir délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale et un dossier à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa demande d'enregistrement de sa demande d'asile, dans un délai de dix jours à compter de la notification à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas en fuite.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 décembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant tchadien né en 1995, est entré en France en 2020 et y a sollicité l'asile. Il a fait l'objet d'un arrêté portant remise aux autorités italiennes le 19 mai 2021. M. A C a demandé, par un courriel du 6 décembre 2021, l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale en faisant valoir que le délai de six mois à compter de la date à laquelle les autorités italiennes ont donné leur accord pour effectuer le transfert vers ce pays était expiré. Par sa requête, M. A C demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. " Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. / () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à () à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. ".

3. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

4. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des échanges de courriels entre l'avocate de M. A C et la préfecture de Maine-et-Loire, que M. A C a été déclaré en fuite au motif qu'il ne s'est pas présenté à l'aéroport muni du résultat de son test PCR. Toutefois, M. A C, qui a été informé du caractère obligatoire de la production du résultat du test et de ce qu'il pourrait être déclaré en fuite en cas de manquement à cette obligation, soutient, sans être contesté, qu'il a adressé le résultat du test à la préfecture quarante-huit heures avant sa convocation à l'aéroport. Au surplus, le préfet n'établit pas avoir informé les autorités italiennes de la prolongation du délai de transfert de l'intéressé. Dans ces conditions, M. A C doit être regardé comme faisant état de circonstance de fait nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert du 19 mai 2021 et établit qu'il a été considéré à tort comme étant en fuite. Dès lors, M. A C est fondé à soutenir qu'en raison de l'expiration du délai de transfert, la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, en refusant d'enregistrer la demande d'asile du requérant en procédure normale, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 et de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que

Me Arnal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. A C en procédure normale est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au le préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A C une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Arnal la somme de 1 200 (mille deux-cents) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Arnal et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La rapporteuse,

M. D

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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