mercredi 5 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114368 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JEANNETEAU |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête enregistrée le 21 décembre 2021 sous le n°2114353, Mme E C, représentée par Me Jeanneteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours courant du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours.
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision de refus de séjour :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;
Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
- ne sont pas suffisamment motivées ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 décembre 2021.
II - Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 décembre 2021 et les 8 et
11 août 2022 sous le n°2114368, M. A B, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois courant du jugement à intervenir, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision de refus de séjour :
- est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; son épouse et leurs deux enfants sont présents en France, la famille est bien intégrée ; il bénéficie de la reconnaissance du statut de travailleurs handicapée et d'orientation vers le milieu professionnel ; ils seraient isolés en Albanie ;
- n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle et familiale ; il a ainsi été privé d'une garantie ;
- a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière ; l'avis de l'OFII ne lui a pas été communiqué ; il n'est pas établi que l'auteur du rapport médical n'aurait pas siégé au sein du collège auteur de l'avis émis le 18 juin 2021 ; l'authenticité des signatures n'est pas établie ;
Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
- méconnaissent le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ne sont pas suffisamment motivées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
28 décembre 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Jeanneteau, représentant M. B et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et sa compagne, Mme C, ressortissants albanais d'origine rom, nés respectivement les 28 octobre 1986 et 27 octobre 1994, sont entrés irrégulièrement en France le 20 juin 2019 selon leurs déclarations. Leurs demandes d'admission au statut de réfugié ont été définitivement rejetées et le préfet de Maine-et-Loire, par des arrêtés du 25 mai 2020, dont la légalité a été admise par un jugement du 27 novembre 2020, leur a fait obligation de quitter le territoire. Le 22 juin 2020, M. B a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé et obtenu à ce titre une carte de séjour temporaire d'une durée de six mois, valable jusqu'au
9 mai 2021. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a fait l'objet d'un arrêté du
10 novembre 2021 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de
30 jours, dont l'intéressé demande l'annulation par sa requête n°2114368. Mme C a, pour sa part, sollicité, le 30 mars 2021, un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Sa demande a donné lieu à un arrêté du 10 novembre 2021 du préfet de Maine-et-Loire, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Mme C, par une requête n° n°2114353 demande l'annulation de cet arrêté. Les deux requêtes concernent la situation d'un couple et doivent être jointes pour y être statuer par un même jugement.
Sur les conclusions de la requête n°2114368 de M. B :
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article
L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle les conditions d'entrée en France de M. B, le rejet définitif de sa demande d'asile et indique que le collège des médecins de l'OFII, saisi de la demande de renouvellement du titre de séjour de l'intéressé en raison de son état de santé, a, le 18 juin 2021, estimé que si l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié, et qu'il peut voyager sans risque vers ce pays. La décision indique que le préfet, constatant que M. B ne remplissait plus les conditions du titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il n'avait pas demandé d'autre titre de séjour, a refusé de renouveler son titre. La décision indique, que l'épouse du demandeur faisant l'objet d'une mesure concomitante d'éloignement et les enfants mineurs du couple ayant vocation à suivre leurs parents, le refus de séjour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision est ainsi, au regard des limites relatives au secret attaché aux informations médicales concernant le demandeur, suffisamment motivée en droit et en fait.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation circonstanciée de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que cette décision n'aurait pas été prise à l'issue d'un examen attentif de la situation personnelle et familiale de M. B, qui n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an ". La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 313-22 du même code, alors en vigueur, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article R. 425-11 : " Pour l'application du 11° de l'article
L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".
5. D'une part, le préfet produit une copie de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rendu le 18 juin 2021, visé par la décision attaquée, qui comporte toutes les mentions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort du bordereau de transmission de l'avis et de cet avis lui-même que le rapport sur l'état de santé de M. B a été établi le 18 mai 2021 par un médecin de l'OFII qui n'a pas siégé dans le collège de trois médecins auteur de l'avis et régulièrement désignés à cette fin. Cet avis est bien revêtu des signatures des trois médecins constituant ce collège et porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire du caractère collégial de l'avis ainsi émis. L'avis du 18 juin 2021 concernant M. B comporte également les signatures des trois médecins membres du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Alors que l'accès à l'application " Thémis ", qui permet l'apposition des signatures électroniques, n'est accessible aux médecins signataires qu'au moyen de deux identifiants et de deux mots de passe qui leur sont propres, elle présente ainsi les garanties de sécurité de nature à assurer l'authenticité des signatures ainsi que le lien entre elles et leurs auteurs. Par suite, le moyen tiré du vice entachant la procédure suivie devant l'OFII doit donc être écarté en toutes ses branches.
6. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. Comme il a été dit, le collège des médecins de l'OFII a, par son avis du 18 juin 2021, estimé que si l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié, vers lequel il peut voyager sans risque. Si M. B justifie souffrir de myopathie, maladie génétique, et de troubles anxieux associés, dont il établit la gravité et le caractère évolutif, il ne peut être regardé, en produisant une unique attestation du médecin neurologue qui le suit au CHU d'Angers, établie postérieurement à la décision attaquée, selon lequel " il n'existe pas, à sa connaissance, de centre neuromusculaire en Albanie ", comme infirmant sérieusement l'avis contraire émis par le collège de médecins de l'OFII, appuyé, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, sur des données médicales actuelles et précises relatives aux caractéristiques du système de santé en Albanie. M. B n'établissant pas ainsi qu'il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, il n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B est en situation de séjour irrégulier et fait l'objet d'une mesure concomitante d'éloignement. Le requérant ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que les enfants mineurs du couple suivent leurs parents. Il ne justifie pas être dépourvu de toute attache en Albanie où résident notamment ses parents. Enfin, s'il s'est vu reconnaître le statut de travailleur handicapé et bénéficie d'une orientation vers l'emploi, il ne justifie pas d'une intégration professionnelle effective. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire est motivée par référence à la décision refusant de renouveler le titre de séjour en qualité d'étranger malade, elle-même suffisamment motivée ainsi qu'il résulte du point 2. D'autre part, la décision fixant le pays de destination comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressé, dont elle rappelle qu'il a été débouté de sa demande d'asile, de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "" Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, M. B n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
13. Il résulte des points 2 à 12 que la requête n°2114368 de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les conclusions de la requête n°2114353 de Mme C :
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de séjour :
14. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle les conditions d'entrée en France de Mme C, le rejet définitif de sa demande d'asile et indique que le préfet, constatant que M. B ne remplissait plus les conditions du titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il n'avait pas demandé d'autre titre de séjour, a refusé de renouveler son titre de séjour. La décision indique, que l'époux du demandeur faisant l'objet d'une mesure concomitante d'éloignement et les enfants mineurs du couple ayant vocation à suivre leurs parents en Albanie où la famille n'établit pas être dépourvue d'attaches, le refus de séjour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
16. Mme C se prévaut de l'état de santé de son mari, atteint de myopathie, reconnu travailleur handicapé avec orientation professionnelle, ainsi que de la scolarisation de leurs enfants. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7, l'illégalité de la décision du préfet de Maine-et-Loire, refusant de renouveler le titre de séjour de M. B au motif que, si son état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié, n'est pas établie. En outre, Mme C ne justifie pas d'une particulière intégration et n'établit pas que la famille serait dépourvue de toute attache en Albanie, où résident notamment les parents de son mari. Elle ne se prévaut enfin d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que les enfants accompagnent leurs parents. Dans ces conditions, le refus de l'admettre au séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
18. Compte tenu de la situation personnelle et familiale de Mme C, telle que rappelée au point 16, la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'est dès lors pas fondé à se prévaloir de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de ces dispositions.
En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire est motivée par référence à la décision refusant de renouveler le titre de séjour en qualité d'étranger malade, elle-même suffisamment motivée ainsi qu'il résulte du point 2. D'autre part, la décision fixant le pays de destination comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressé, dont elle rappelle qu'il a été débouté de sa demande d'asile, de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.
20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées auraient été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
21. Il résulte des points 14 à 20 que la requête n°2114353 de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n°2114368 de M. B et la requête n°2114353 de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à M. A B,
à Me Jeanneteau et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
C. DL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
E. GAUTHIER
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2114353, 2114368
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026