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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114451

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114451

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationOQTF 6 semaines - 5ème chambre
Avocat requérantDOUMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2021 par le greffe du tribunal administratif de Melun sous le numéro 2111810, transmise au tribunal administratif de Nantes par une ordonnance du 21 décembre 2021 et enregistrée à cette même date par le greffe de ce dernier tribunal sous le numéro 2114451, M. F B, alias F A, représenté par Me Doumbe, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas démontrée ;

- le préfet a omis de viser dans son arrêté l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- il n'a pas contesté l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par le préfet de l'Aude le 12 janvier 2021 ; celle-ci est dès lors toujours exécutable ; le préfet de Maine-et-Loire n'était pas tenu de prendre une nouvelle décision ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine, par voie de conséquence, celle de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- le préfet n'a pas suffisamment motivé sa décision ; il n'a commis aucune infraction et ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; le préfet n'en a pas tenu compte ;

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

- il y a un risque qu'il soit renvoyé vers la Libye, le préfet n'ayant pas clairement désigné le pays de renvoi, en méconnaissance des articles L. 721-4 et L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique du 9 juin 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, alias F A, ressortissant H né le 26 juin 1995, est entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2019. Par un arrêté du 12 janvier 2021 pris sur le fondement du 1° du I de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. M. B n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement et a été interpellé par les services de gendarmerie, le 17 décembre 2021, à Segré-en-Anjou-Bleu. Par un arrêté du même jour, fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, désigné la Tunisie comme pays de destination et prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B, alias A, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C de Lanessan, adjointe de la directrice de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 30 août 2021, régulièrement publié le 31 août 2021, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme D, directrice de l'immigration et des relations avec les usagers et, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, à Mme C de Lanessan, son adjointe, à l'effet de signer un tel arrêté, en toutes les décisions qu'il comporte. Il ne ressort pas du dossier que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B reproche au préfet de ne pas avoir visé dans son arrêté l'accord franco-tunisien à l'aune duquel, selon lui, sa situation aurait dû être examinée. Toutefois, alors qu'il est constant que le requérant n'a pas sollicité de titre de séjour depuis son arrivée en France, le préfet, qui n'a pas fait application de l'accord franco-tunisien, n'était pas tenu de le viser dans son arrêté. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par le préfet de l'Aube, par un arrêté du 12 janvier 2021, était toujours exécutoire ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de Maine-et-Loire décide, par l'arrêté attaqué, de prendre une nouvelle obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

5. L'article 3 de l'arrêté attaqué mentionne qu'en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français, " M. B F (H) alias A F (I) sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible ". Dans ses motifs, le même arrêté précise qu'il ressort des investigations des forces de l'ordre que la nationalité à retenir pour l'intéressé est tunisienne. Il ressort ainsi de ces dispositions combinées que le préfet de Maine-et-Loire a entendu désigner la Tunisie comme pays de destination. Par suite, le requérant, qui déclare craindre d'être renvoyé en Libye, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait contraire à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'étant pas annulée par le présent jugement, doit être écarté le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. En l'espèce, le préfet de Maine-et-Loire, pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, a considéré, après avoir rappelé les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressé résidait en France depuis moins de trois ans, que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France n'étaient pas établis, qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, qu'il n'avait pas développé de liens forts sur le territoire national, qu'il avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que, bien que son comportement ne constituât pas une menace pour l'ordre public, force était de constater qu'il avait tenté de dissimuler sa véritable identité y compris en utilisant un faux document d'identité italien et se maintenait irrégulièrement sur le territoire malgré la mesure d'éloignement prise à son encontre.

9. La décision attaquée comprend ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le préfet, qui a explicitement mentionné que M. B ne représentait aucune menace pour l'ordre public, a suffisamment motivé sa décision. Au regard des motifs énoncés et non contestés, la durée de vingt-quatre mois retenue par le préfet n'apparaît pas disproportionnée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. E

La greffière,

S. BARBERA La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire

en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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