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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114455

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114455

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMAGASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Magassa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de l'Hérault avait ajourné à deux ans cette demande ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision préfectorale du 30 avril 2021 ne vise pas le texte fondant la décision d'ajournement ;

- la décision est entachée de vices de procédure dès lors que l'enquête prévue par l'article 36 du décret du 30 décembre 1993 modifié n'a pas été réalisée et que M. B n'a pas été convoqué à l'entretien individuel prévu par l'article 41 du même décret ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- il a fait l'objet de trois ajournements concernant sa demande de naturalisation pour les mêmes motifs ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, M. B remplissant les conditions pour obtenir la nationalité française et sa vie privée et familiale n'ayant pas été prise en compte, en méconnaissance de la circulaire du 27 juillet 2010 ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet de l'Hérault avait ajourné à deux ans cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, la décision du ministre de l'intérieur prise sur le recours préalable obligatoire se substitue à la décision initiale de refus prise par l'autorité préfectorale. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 22 octobre 2021 qui s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 30 avril 2021.

3. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant ne peut utilement soutenir que la décision préfectorale du 30 avril 2021 ne vise pas le texte fondant la décision d'ajournement et qu'elle n'est pas suffisamment motivée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'enquête réglementaire prévue par l'article 36 du décret du 30 décembre 1993 modifié par le décret du 30 décembre 2019 a bien été réalisée, les services de police ayant rendu un rapport d'enquête le 7 avril 2020. En outre, contrairement à ce qui est soutenu, M. B a bénéficié de l'entretien d'assimilation prévu par les dispositions de l'article 41 du décret du 30'décembre 1993, ainsi qu'en atteste le compte-rendu d'entretien en date du 4 février 2021 produit par le ministre. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée de vices de procédure.

5. En second lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision ministérielle du 22 octobre 2021 vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ".

7. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France.

8. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressé ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables.

9. En premier lieu, si M. B fait valoir que ses deux demandes précédentes ont été ajournées pour le même motif, la circonstance qu'une première décision d'ajournement a été opposée à une demande de naturalisation ne fait pas, par principe, obstacle à ce qu'une nouvelle décision d'ajournement puisse être prise, pour le même motif, dès lors, qu'eu égard à la matérialité des faits à la date de cette décision, cette dernière n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B exerçait des missions d'intérim en tant qu'ouvrier d'exécution, manutentionnaire et manœuvre, et ne disposait ainsi pas à cette date d'une activité professionnelle stable. En outre, ses revenus salariaux des années 2016 à 2019 étaient faibles et irréguliers, et complétés par des prestations sociales. Dès lors, le requérant, qui ne justifie pas de revenus suffisants lui permettant de subvenir durablement à ses besoins et à ceux de sa famille, composée de son couple et de leurs deux enfants, ne peut être regardé comme suffisamment inséré professionnellement. Dans ces conditions et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, ni d'erreur de droit, en ajournant à deux ans la demande de M. B pour ce motif.

11. En troisième lieu, si M. B se prévaut du contenu de la circulaire du 27 juillet 2010 relative à la déconcentration de la procédure d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique, et soutient qu'il remplit les conditions requises pour l'obtention de la nationalité française, et que sa vie privée et familiale n'a pas été prise en compte, les circonstances selon lesquelles il réside en France depuis l'an 2000, est assimilé à la communauté française et sa conjointe et ses deux enfants sont français sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et ce, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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