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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114465

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114465

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2021, Mme C E et M. A B, représentés par Me Aboudahab, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc) refusant de délivrer à Mme E un visa de court séjour en vue de se marier ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'impossibilité de se marier au Maroc, où sont interdits les mariages interconfessionnels et où les mariages binationaux sont soumis à une autorisation discrétionnaire ;

- elle porte atteinte à leur liberté de se marier protégée par l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité de ses conséquences sur leur situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante marocaine, née le 1er janvier 1996, a déposé une demande de visa de court séjour auprès des autorités consulaires françaises à Casablanca, en vue de se marier avec M. A B, ressortissant franco-marocain. Ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 13 octobre 2021, dont M. B et Mme E demandent au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".

3. Aux termes de la décision attaquée, pour rejeter la demande de visa de court séjour présentée par Mme E, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que, compte tenu de la situation personnelle de cette dernière, âgée de 25 ans, dont le compagnon réside en France, et en l'absence d'éléments convaincants notamment sur ses revenus personnels réguliers ou sur d'éventuels intérêts de nature économique, matérielle ou familiale dans son pays de résidence susceptibles d'assurer des garanties de retour suffisantes, il existe un risque de détournement de l'objet du visa, à des fins migratoires.

4. En premier lieu et d'une part, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir l'existence d'un projet de vie commune et n'apporte aucune précision sur leur intention matrimoniale. D'autre part, la requérante, âgée de 25 ans à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucune attache familiale, personnelle ou matérielle au Maroc. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur le motif précédemment exposé.

5. En deuxième lieu, les requérants qui se bornent à citer partiellement l'état du droit marocain de la famille, n'apportent aucun élément probant sur l'impossibilité de se marier au Maroc qu'ils allèguent. Dans ces conditions, alors que le droit au mariage n'inclut pas la possibilité pour les époux de choisir le lieu de célébration, et qu'il est loisible aux intéressés de se marier dans un pays autre que la France, puis faire transcrire leur acte de mariage dans les registres de l'état-civil consulaire, le moyen tiré de ce que la décision contestée porte atteinte à leur liberté de se marier doit être écarté.

6. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède et alors que les requérants ne produisent aucun élément de nature à démontrer l'existence d'une relation suivie et la sincérité de leur intention matrimoniale, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entachée la décision attaquée au regard de ses conséquences sur la situation des intéressés doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B et de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C E et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

S. D

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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