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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114471

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114471

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantDE CLERCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro n°2114471, le 19 décembre 2021, M. F B, représenté par Me de Clerck, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 10 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 4 août 2021 des autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant de lui délivrer à un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugiée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 561-2, L. 561-4 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la validité des documents d'état civil produits et de la possession d'état ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. F B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 11 janvier 202II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2114477 le 19 décembre 2021, Mme G C, représentée par Me de Clerck, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 10 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 4 août 2021 des autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant de délivrer à D Michelle B et A Stephane B des visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 561-2, L. 561-4 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la validité des documents d'état civil produits et de la possession d'état ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Le Floch, substituant Me De Clerck, avocate de Mme C et de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G C, ressortissante ivoirienne, née le 1er janvier 1970, s'est vue reconnaître le statut de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 31 décembre 2019. M. F B, D Michelle B et A Stephane B qu'elle présente comme ses enfants ont sollicité la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale, auprès des autorités consulaires françaises à Abidjan, qui ont rejeté ces demandes par trois décisions du 4 août 2021. Par une décision en date du 10 novembre 2021, dont M. F B et Mme C demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2114471 et 2114477 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 novembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, aux termes de la décision attaquée, qui se réfère aux dispositions des articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées litigieuses, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce qu'il existe des incohérences entre les déclarations de la réunifiante à l'OFPRA concernant sa situation familiale et les actes d'état civil présentés, ce qui leur ôtent tout caractère probant, de ce que les actes de naissance des enfants D et A ont été enregistrés tardivement en novembre 2009 suivant des attestations non produites du 16 avril 2009 de rétablissement d'actes dont l'existence dans les registres disparus ou détruits a été constatée, de sorte que l'identité des demandeurs de visas et partant leur lien de filiation allégué avec la réunifiante ne sont pas établis. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".

5. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité des liens familiaux produits à l'appui des demandes de visa.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

En ce qui concerne la demande de visa présentée par M. F B :

7. Pour justifier de l'état civil du demandeur de visa, a été produite la copie intégrale d'un acte de naissance n°6092-DU en date du 31 décembre 2002, dressé sur déclaration de M. B J C. S'il est constant que M. B J C est le grand-père de l'enfant, cet acte le mentionne toutefois comme étant le père de l'enfant. Mme C explique que l'officier d'état civil a inscrit, de son propre chef, le grand-père de l'enfant comme étant son père dès lors qu'il est venu déclarer cette naissance hors mariage. Toutefois, le ministre de l'intérieur fait valoir en défense sans être contredit que s'agissant d'une naissance hors mariage en Côte d'Ivoire, l'inscription sur un acte d'état civil d'une filiation paternelle ne peut résulter que d'une reconnaissance ou d'un jugement. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un jugement supplétif d'acte de naissance serait intervenu. Les requérants n'apportent pas d'explication suffisante quant à l'inscription erronée à l'état civil au titre de la filiation paternelle de l'enfant du nom de son grand-père. Dans ces conditions, le document d'état civil produit, qui contient une indication erronée sur la filiation paternelle, doit être regardé comme dépourvu de caractère probant. Par ailleurs, les autres éléments versés aux débats, tenant aux déclarations de Mme C devant l'OFPRA comme quelques mandats financiers ne suffisent à établir un lien de filiation par possession d'état. Dans ces conditions, en fondant sa décision sur le motif tiré de ce que l'identité du demandeur de visa et son lien familial avec la réunifiante ne sont pas établis, la commission de recours n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les demandes de visas présentées pour Mme D K B et M. A H B :

8. Pour établir l'état civil des intéressés, ont été produites deux " copies intégrales de jugements supplétifs d'acte de naissance ", extraits du registre des actes de naissance de la commune de Daloa pour l'année 2009. Toutefois, ces documents ne comportent aucune mention à une quelconque décision juridictionnelle mais se bornent à faire référence à des attestations non produites de " rétablissement d'un acte dont l'existence dans les registres disparus ou détruits a été constatée ". En outre, ils ne comportent aucune mention sur l'identité du déclarant et mentionnent, au titre de la filiation paternelle des enfants, l'identité de leur grand-père. Ces anomalies sont de nature à priver ces documents de leur caractère probant. Par ailleurs, les autres éléments versés aux débats tenant aux déclarations de Mme C devant l'OFPRA comme à quelques mandats financiers sont insuffisants pour établir un lien de filiation par possession d'état. Dans ces conditions, en se fondant sur le motif précédemment exposé, la commission de recours n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ni d'aucune erreur d'appréciation.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, en l'absence d'établissement des liens familiaux entre les demandeurs de visas et la réunifiante, et en l'absence d'éléments quant aux relations qu'ils entretiendraient à la date de la décision attaquée, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Mme I C, à Me de Clerck et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

S. E

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2114471 et 2114477

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