mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114505 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, M. A F, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " carte de séjour d'un membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant la durée de cet examen un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Perrot en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les articles L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est à la charge de sa mère et de son beau-père qui pourvoient à ses besoins sur le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il vit en France avec sa mère, son beau-père et leurs enfants ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il vit en France avec sa mère, son beau-père et leurs enfants ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment des risques d'un traitement contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Pérou ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il vit en France avec sa mère, son beau-père et leurs enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,
- et les observations de Me Perrot, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant péruvien né le 4 décembre 1994, entré en France le 25 janvier 2020, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, sa mère, Mme E, ressortissante espagnole, résidant sur le territoire français. Par une décision du 16 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. F demande l'annulation de cette décision.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à effet de signer notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquels son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant. Elle vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait état d'éléments circonstanciés concernant la biographie et la situation personnelle de l'intéressé qui fondent le refus d'admission au séjour. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () / 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ". Aux termes de l'article L. 121-3 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / S'il est âgé de plus de dix-huit ans ou de plus de seize ans lorsqu'il veut exercer une activité professionnelle, il doit être muni d'une carte de séjour. Cette carte, dont la durée de validité ne peut être inférieure à cinq ans ou à une durée correspondant à la durée du séjour envisagée du citoyen de l'Union si celle-ci est inférieure à cinq ans, porte la mention "carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union". Elle donne à son titulaire le droit d'exercer une activité professionnelle. ".
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande de M. F, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'intéressé n'a pas présenté d'attestation de prise en charge financière de son beau-père ou sa mère, d'autre part, en tout état de cause, sa mère et son beau-père, qui ont deux enfants mineurs à charge, ont déclaré moins de 12 000 euros de revenus au titre de l'année 2019, perçoivent 899 euros mensuels de la caisse d'allocations familiale et résident dans un logement social, ne disposent pas de ressources suffisantes pour prendre en charge le requérant.
6. Il ressort des pièces du dossier que le beau-père de M. F, M. G, ressortissant espagnol, est employé par la société " Clean concept ", et qu'il perçoit à ce titre une rémunération brute mensuelle de 1 562,2 euros. Il ressort de ces mêmes pièces que M. G et Mme E, mère de M. F, de nationalité espagnole, ont deux enfants mineurs à charge. Si le requérant ne conteste pas que la cellule familiale perçoit 899 euros mensuels de la caisse d'allocations familiales et réside dans un logement social, la plus grosse part des revenus du ménage provient de la rémunération précitée, obtenue par un emploi stable, de sorte que M. F ne peut être regardé comme constituant une charge pour le système d'assistance sociale, au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, M. F, âgé de plus de 21 ans, n'établit pas être à la charge de son beau-père au sens de ces mêmes dispositions, par la seule production d'une attestation d'hébergement de ce dernier. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. M. F n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 4.
7. En dernier lieu, M. F est, selon ses déclarations, entré en France le 25 janvier 2020. Ainsi, sa présence sur le territoire français présentait un caractère récent à la date de la décision attaquée. En outre, si la mère et le beau-père du requérant, ainsi que leurs deux enfants, résident en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, âgé de 26 ans à la date de la décision attaquée, y disposerait d'autres liens personnels ou familiaux, ni qu'il serait dépourvu d'attaches au Pérou, où il ne conteste pas avoir vécu pendant 26 ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 3 du présent jugement, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est aussi en conséquence des dispositions de l'avant-dernier alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. F n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
13. D'une part, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen sérieux de la situation du requérant au regard des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, M. F n'apporte élément probant permettant d'établir qu'il encourrait, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.
14. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Perrot.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, premier conseiller,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
L. D
Le président,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026