mercredi 5 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GOUACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 décembre 2021 et le 4 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Gouache, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 avril 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure devant la commission du titre de séjour est irrégulière ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'existence d'une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
16 novembre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier,
- et les observations de Me Beaumont, substituant Me Gouache, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 6 juin 1989 est entré en France en 2011. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 22 avril 2011. A la suite de la naissance de son enfant le 7 juillet 2013, dont la mère est une ressortissante française, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 29 avril 2014, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le 6 mai 2015, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en cette même qualité. Par un arrêté du 1er juin 2015, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Rennes et la cour administrative d'appel de C, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Par un arrêté du 23 septembre 2016, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait à nouveau obligation de quitter le territoire français, l'a interdit de retour pour une durée de trois ans et l'a placé en rétention administrative. Par un jugement n° 1604233 et n° 1604234 du 26 septembre 2016, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes a annulé cet arrêté sur le fondement de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 17 février 2017, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. Par un arrêté du 22 octobre 2018, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 25 octobre 2018, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de C a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B. La commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable le 29 mars 2021. Par un arrêté du 20 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 sur lesquelles elle se fonde ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle indique que M. B est défavorablement connu des services de police et a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales et incarcérations entre 2014 et 2021, notamment pour violences aggravées et que la multiplicité et la nature des infractions sont constitutives d'une atteinte à l'ordre public. La décision mentionne également que M. B ne prouve pas qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police () ". Aux termes de l'article L. 432-15 de ce code : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète () ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été régulièrement convoqué, par un courrier du 12 janvier 2021, à la réunion de la commission du titre de séjour relative à sa demande de titre de séjour le 15 février 2021. M. B ne soutient ni avoir sollicité son extraction pour être présent à la séance de la commission, ni avoir sollicité l'assistance d'un conseil et d'un interprète, ni avoir sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure d'être entendu par la commission du titre de séjour.
5. D'autre part, il ressort de l'avis de la commission du titre de séjour que cette dernière était composée de son président, magistrat administratif honoraire et de deux assesseurs, un magistrat judiciaire et le maire de la commune de Chauvé. Il ressort des pièces du dossier que ces membres ont été régulièrement désignés par un arrêté du 31 novembre 2020. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière devant la commission du titre de séjour.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de M. B.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".
8. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français mineur, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que M. B ne démontrait pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son enfant mineur et qu'il représentait une menace pour l'ordre public.
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est le père d'un enfant né le 7 juillet 2013. Il résulte d'une ordonnance du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de C du 9 février 2015 que l'exercice de l'autorité parentale a été confié conjointement aux deux parents, que l'enfant réside chez sa mère, que M. B doit lui verser une pension alimentaire dès l'acquisition de ressources suffisantes et qu'il détient un droit de visite bimensuel, en présence des intervenants de l'association Relais Enfants / Parents E, pendant six mois à compter de la première visite. Il résulte également d'un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de C rendu le 25 mars 2021 que l'enfant de M. B a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance le 31 mars 2020 et que le droit de visite de M. B est suspendu le temps de son incarcération. Dès lors, en l'absence d'éléments justifiant de l'exercice du droit de visite de M. B à la date de la décision attaquée, ce dernier n'est pas fondé à soutenir qu'en retenant qu'il ne justifiait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, le préfet de la Loire-Atlantique à méconnu les dispositions de l'article L. 313-11, 6°, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a notamment été condamné à une peine de cinq mois d'emprisonnement le 1er août 2014 pour des faits de vol aggravé en récidive, d'un mois d'emprisonnement le 9 janvier 2017 pour violation de domicile, de six mois d'emprisonnement le 28 avril 2017 pour détention non autorisée de stupéfiants, violence par une personne en état d'ivresse manifeste et refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un délit, de six mois d'emprisonnement le
12 juin 2019 pour des faits de vol par effraction, de trois mois d'emprisonnement le
13 septembre 2019 pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et d'un an et deux mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique et de violence aggravée. Compte tenu de la nature et de la gravité des faits, qui présentent un caractère récent et répété, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'administration de concilier, sous le contrôle du juge, les exigences de la protection de l'ordre public avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie privée et familiale normale.
12. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 9 du présent jugement que M. B ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ressort également des pièces du dossier que M. B ne justifie pas d'autres liens familiaux ou amicaux en France et n'exerce pas d'activité professionnelle stable. Enfin, la seule circonstance qu'il ait travaillé durant son incarcération et qu'il soit suivi psychologiquement ne suffit pas à établir des liens personnels et familiaux en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
13. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 9 et 12 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. B et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gouache et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 12 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.
La rapporteure,
M. D
SAINT-DIZIER
La présidente,
S. RIMEULa greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026