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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114528

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114528

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 décembre 2021 et le 21 décembre 2022, Mme E F, représentée par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de ses attaches en France, où elle vit depuis 9 ans et où résident la plupart des membres de sa famille proche, et de sa volonté d'intégration professionnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 février 2022 et le 3 janvier 2023, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Poulard, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante albanaise née le 7 janvier 1994, déclarant être entrée en France le 1er octobre 2012, a fait l'objet, le 9 décembre 2013, d'une décision du préfet du Rhône lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", assorti d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Par un jugement n° 1400398 du 15 avril 2014 confirmé par un arrêt n° 14LY01578 de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 novembre 2014, le tribunal administratif de Lyon a rejeté son recours contre cette décision. Par un arrêté du 15 octobre 2015, le préfet du Rhône a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Le recours de Mme F contre cette décision a été rejeté par un jugement n° 1509464 du tribunal administratif de Lyon du 18 mai 2016, confirmé par une ordonnance n° 16LY02036 de la cour administrative d'appel de Lyon du 29 août 2016. La requérante a sollicité du préfet de la Mayenne, par un courrier enregistré par l'administration le 10 janvier 2020, la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable. Par une décision du 12 octobre 2021, dont Mme F demande l'annulation, le préfet de la Mayenne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 8 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation à M. A D, directeur de la citoyenneté, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, et fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le père, la mère et deux des sœurs de Mme F résidaient régulièrement sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Il ressort en outre du jugement d'adoption simple du tribunal de grande instance de Lyon du 12 mars 2015, produit par la requérante, que cette dernière a été adoptée par un ressortissant français, M. B, époux de sa mère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui est allée vivre, selon ses dires, en Mayenne à compter de l'année 2019, quand les membres de sa famille résident à Lyon, a déclaré avoir peu de contacts avec ces derniers, lors de son entretien avec les services préfectoraux, le 2 février 2021. Si Mme F, pour établir ses contacts réguliers avec les membres de sa famille résidant en France, produit les attestations de son père, sa mère et d'une de ses sœurs, ces documents, datés du mois de janvier 2022, sont toutefois postérieurs à la date de la décision attaquée. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le concubin de Mme F, également de nationalité albanaise, avec qui elle a eu deux enfants respectivement nés le 14 juin 2021 et le 29 octobre 2022 à Laval, se trouve en situation irrégulière sur le territoire français, ayant fait l'objet, le 17 avril 2019, d'une décision du préfet de la Mayenne lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances s'opposeraient à la reconstitution de leur cellule familiale dans leur pays d'origine. Ainsi, Mme F, qui n'a en outre pas été scolarisée en France et n'y a jamais exercé d'activité professionnelle, ne peut être regardée comme disposant de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français. Enfin, si Mme F se prévaut de sa durée de présence en France, elle s'y est toutefois maintenue irrégulièrement, n'ayant pas déféré aux deux décisions portant obligation de quitter le territoire français qui ont été prononcées à son encontre par le préfet du Rhône le 9 décembre 2013 et le 15 octobre 2015. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. D'une part, ni la circonstance, au regard de ce qui a été dit au point 4, que plusieurs membres de la famille proche de Mme F résident régulièrement en France, ni celle qu'elle ait été victime de la circulation en 2014 ne sauraient caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

8. D'autre part, un étranger justifiant d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déclaré, au cours de son entretien avec les services préfectoraux, le 2 février 2021, n'avoir obtenu aucun diplôme en Albanie et n'avoir jamais travaillé. Dans ces conditions, la seule production par l'intéressée de deux promesses d'embauche en qualité de vendeuse, l'une d'un garage de Laval datée du 26 août 2019, l'autre d'une boutique de prêt-à-porter pour les enfants, datée du 3 février 2021, ne permet pas d'attester de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie de conséquence, l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. En l'espèce, si Mme F soutient qu'elle serait exposée, en cas de retour en Albanie, à des risques de traitement contraire aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'apporte aucune précision, ni aucun élément à l'appui de cette allégation. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F, au préfet de la Mayenne et à Me Poulard.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

L. C

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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