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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114543

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114543

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ou de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il réside depuis huit ans en France où il a obtenu un diplôme de Master en 2020, qu'il vit en concubinage depuis septembre 2017 avec une ressortissante française avec laquelle il est pacsé et que la falsification d'un récépissé ne constitue pas la preuve d'un manque d'insertion dans la société française ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 3 juin 1992, est entré en France le 29 août 2013 muni d'un visa de long séjour afin de suivre une formation d'ingénieur et a bénéficié, en qualité d'étudiant, d'un titre de séjour renouvelé jusqu'au 9 janvier 2019. Par un arrêté du 25 octobre 2019 dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1912829 du 24 décembre 2020 du tribunal de céans, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Le 9 avril 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L 423-3 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 novembre 2021, le préfet n'a pas fait droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2013 pour y poursuivre des études, s'est maintenu en France après l'expiration de son titre de séjour portant mention " étudiant ", dont il a échoué à obtenir la prolongation en octobre 2019. S'il a enfin obtenu au titre de l'année universitaire 2019-2020 avec la mention passable un master de sciences, technologies, santé mention mathématiques et applications parcours type Data science - Données biologiques et numériques, son parcours universitaire marqué par de nombreux ajournements ne démontre ni assiduité ni sérieux dans la conduite de ses études. Si l'obtention de ce diplôme pourrait lui permettre d'accéder à un poste d'enseignant remplaçant en mathématiques dans l'enseignement catholique, cette circonstance ne constitue pas un motif exceptionnel justifiant son admission au séjour. Par ailleurs, M. B se prévaut de sa relation avec une ressortissante française depuis 2015, de leur concubinage depuis septembre 2017 et de leur PACS conclu le 30 mars 2021. Toutefois, il n'établit habiter à la même adresse que sa compagne par la production d'une attestation de prestations de la caisse d'allocations familiales qu'à compter seulement de janvier 2019. Eu égard au caractère récent de cette relation, celle-ci ne pouvant être établie qu'à compter au plus tôt du mois de janvier 2019, et alors que son intégration professionnelle doit être relativisée par la production d'un récépissé de titre de séjour falsifié dans le cadre de ses recherches d'emploi, M. B, qui a vécu vingt-et-un ans dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère, ne peut être regardé comme ayant tissé en France des liens intenses, anciens et stables tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. M. B n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

4. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que M. B, qui a vécu vingt-et-un ans dans son pays d'origine où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales, ne justifie pas que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

5. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. M. B n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2021. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

H. C

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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