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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114586

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114586

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, ce qui démontre un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur la nature de la relation le liant à son épouse ; il réside avec son épouse et leurs deux enfants et participe activement à l'éducation et à l'entretien de ces derniers ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis décembre 2017, est intégré sur le plan professionnel et détient le centre de ses intérêts sociaux et familiaux en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il était journaliste au Rwanda et travaillait pour des journaux d'opposition ; il est traumatisé par sa vie dans son pays d'origine et a été reconnu comme atteint d'une " affection de longue durée " en raison de son état psychologique et de son diabète ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; un de ses fils, mineur à la date de la décision, est né en France, où il a toujours vécu et où il est scolarisé en classe de seconde ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination.

La procédure a été communiquée au préfet de Loire-Atlantique qui n'a pas produit d'écriture.

Par une décision du 4 janvier 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure ;

- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois et représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant rwandais, déclare être entré sur le territoire français le 20 décembre 2017. Il y a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 9 octobre 2019 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 6 juillet 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui réside en France depuis trois ans et sept mois à la date de la décision attaquée, est marié, que son épouse, bénéficiaire d'une carte de résidente valable jusqu'au 27 juillet 2027, a, par conséquent, vocation à résider en France et qu'ils ont deux enfants communs, qui résident en France, le plus jeune, mineur et scolarisé en classe de seconde, y étant né et y ayant vécu sans discontinuité. Il en ressort également, et notamment de l'attestation produite par l'épouse du requérant, qui déclare vivre avec son mari depuis l'arrivée de ce dernier en France en 2017, mais également de l'avis d'impôt sur les revenus de l'année 2020, de l'avis de taxe d'habitation pour l'année 2021 ainsi que des bulletins de paie de M. C du mois de mars 2019 au mois de janvier 2021 et d'un certificat médical rédigé le 21 décembre 2021, que le requérant réside à la même adresse que celle de son épouse. Le requérant soutient par ailleurs, en produisant notamment une facture de prise en charge de soins dentaires, et sans contestation de la part du préfet de la Loire-Atlantique qui n'a produit aucune écriture en défense, qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils mineur qui, au demeurant, réside avec ses deux parents, sans qu'il ne soit en revanche établi que le requérant conserve des liens avec les membres de sa famille résidant au Rwanda. Il ressort enfin des pièces du dossier, et plus particulièrement des bulletins de paie et du contrat de travail produits par le requérant, que ce dernier exerce une activité professionnelle depuis le mois de mars 2019 et qu'il bénéficie, depuis le 12 novembre 2019, d'un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet en qualité d'ouvrier de fabrication au sein d'une entreprise de fabrication et de pose de menuiseries.

4. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but dans lequel elle a été prise et qu'elle est, par conséquent, entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de la situation de fait de M. C, que le préfet de la Loire-Atlantique lui délivre une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre à ce dernier de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Bourgeois, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois, avocat de M. C, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ La présidente,

M. B

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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