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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114655

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114655

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2021, Mme B A, représentée par Nguiyan, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Bangui (République centrafricaine) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la régularité de la composition de la commission lors de l'examen du recours demeure à prouver ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les pièces produites par l'administration le 20 mai 2022 en réponse à la demande faite par le tribunal ont été communiquées à la partie requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Desimon, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante centrafricaine née le 30 avril 1966, a sollicité de l'autorité consulaire française à Bangui la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour. Un refus lui a été opposé. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté le recours dirigé contre ce refus par décision du 10 novembre 2021. La requérante doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président de la commission mentionnée à l'article D. 312-3 est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléants sont nommés dans les mêmes conditions. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission () délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. ".

3. Il ressort de la feuille de présence à la séance du 10 novembre 2021, produite par le ministre de l'intérieur en défense, que la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France était composée à cette séance du second suppléant de son président, d'un représentant du ministre chargé de l'immigration, d'un représentant du ministre de l'intérieur, d'un représentant du ministre des affaires étrangères, et d'un membre de la juridiction administrative, régulièrement nommés. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum. () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : () / B. DOCUMENTS PERMETTANT D'APPRECIER LA VOLONTE DU DEMANDEUR DE QUITTER LE TERRITOIRE DES ETATS MEMBRES : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d'emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l'intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. ".

5. La décision en litige a relevé les éléments suivants : " () compte tenu de la situation personnelle de Mme B A, veuve, 55 ans, qui déclare être vendeuse de pagnes à domicile, et dont un fils réside en France, et en l'absence d'éléments convaincants notamment sur ses revenus personnels réguliers ou sur d'éventuels intérêts de nature économique, matérielle ou familiale dans son pays de résidence, susceptibles d'assurer des garanties de retour suffisantes, il existe un détournement de l'objet du visa, sollicité pour 3 mois, à des fins migratoires () ".

6. Les éléments avancés par l'administration sont peu nombreux et peu précis. Il n'est pas expliqué ce qu'il conviendrait de déduire de la situation matrimoniale de l'intéressée ou de son âge. Il est constant que Mme A a vécu une partie déterminante de sa vie en Centrafrique et qu'elle n'a jamais été en situation irrégulière au regard du droit au séjour dans l'espace Schengen. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle avait réservé un billet d'avion pour effectuer le trajet retour. Toutefois, il s'avère effectivement que la demanderesse de visa n'apporte presque aucun élément relatif à sa situation personnelle dans son pays de résidence et qu'elle insiste sur le fait d'être dénuée de revenus et d'être financièrement prise en charge par son fils français. Si Mme A mentionne qu'elle aurait d'autres enfants vivant avec elle, elle n'apporte pas la moindre précision à l'appui de cette allégation alors que l'administration conteste qu'elle ait des attaches familiales dans son pays de résidence. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont dispose la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir que celle-ci a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Eu égard à l'effet de la décision en litige, laquelle se borne à empêcher Mme A de se rendre pour une courte période en France afin de rendre visite à sa famille, faute pour elle d'avoir apporté suffisamment d'éléments permettant à l'administration de lever ses doutes raisonnables quant à son retour dans son pays de résidence à l'expiration de la période de validité du visa sollicité, et compte tenu du but poursuivi par l'administration et du cadre juridique qui lui est offert, cette décision ne saurait être regardée comme ayant méconnu les stipulations précitées. Il n'est, en outre, pas allégué qu'un des membres de la famille de Mme A en France serait empêché en droit de lui rendre visite dans son pays de résidence. Le moyen sera écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Desimon, conseiller,

M. Guilloteau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. DESIMON

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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