LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114676

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114676

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationOQTF 6 semaines - 5ème chambre
Avocat requérantSCP BARBARY MORICE L'HELIAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 24 décembre 2021 sous le numéro 2114672, Mme F B, représentée par Me L'Helias, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination et prononcé à son encontre une obligation de se présenter à la brigade de gendarmerie de Mayenne chaque jeudi à 14 h afin de justifier des diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- son droit d'être entendue a été méconnu, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; ainsi, le préfet n'a pas tenu compte de ce qu'elle vit en concubinage avec M. B, lequel a vocation à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle-même a vocation à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du même code et qu'ils seraient exposés à subir des persécutions en cas de retour en Guinée, sa famille n'ayant pas supporté qu'elle se soustraie à un mariage forcé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est mariée avec M. D B qui souffre d'une hépatite B ; en sa qualité de conjointe d'étranger malade, elle a vocation à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle risque d'être séparée de sa fille si elle quitte le territoire français ; si sa fille l'accompagne en Guinée, elle sera maltraitée par son entourage familial ; subsidiairement, compte tenu des risques qu'elle encourt en cas de retour en Guinée, elle peut prétendre à bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 février 2019 renforce la protection accordée aux victimes de mariage forcé ou de menace de mariage forcé ;

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

- le préfet a manifestement méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de se présenter à la gendarmerie :

- cette décision sera annulée dès lors que l'obligation de quitter le territoire français, qui lui sert de support, sera elle-même annulée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 9 mars 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête enregistrée le 24 décembre 2021 sous le numéro 2114676, M. D B, représenté par Me L'Helias, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination et prononcé à son encontre une obligation de se présenter à la brigade de gendarmerie de Mayenne chaque jeudi à 14 h afin de justifier des diligences accomplies en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- son droit d'être entendu a été méconnu, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; ainsi, le préfet n'a pas tenu compte de ce qu'il est marié traditionnellement avec Mme B, qu'il a vocation à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il souffre d'une hépatite B, que son épouse a elle-même vocation à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du même code et qu'ils seraient exposés à subir des persécutions en cas de retour en Guinée, sa belle-famille n'ayant pas supporté que son épouse se soustraie à un mariage forcé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; il souffre d'une hépatite B ; il a vocation à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il risque d'être séparé de sa fille s'il quitte le territoire français ; si sa fille l'accompagne en Guinée, elle sera maltraitée par son entourage familial ; subsidiairement, il peut prétendre à bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 février 2019 renforce la protection accordée aux victimes de mariage forcé ou de menace de mariage forcé ;

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

- le préfet a manifestement méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de se présenter à la gendarmerie :

- cette décision sera annulée dès lors que l'obligation de quitter le territoire français, qui lui sert de support, sera elle-même annulée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 9 mars 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les rapports de M. C ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 juin 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré et une pièce complémentaire, enregistrées les 26 et 30 août 2022, ont été présentées pour Mme B dans l'instance n° 2114672 et pour M. B dans l'instance n° 2114676.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, Mme B, ressortissante guinéenne née le 3 mai 1997, est entrée irrégulièrement en France le 15 mars 2020, accompagnée de sa fille mineure, et a formé, auprès du préfet de la Loire-Atlantique, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 février 2021. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 octobre 2021. Le 13 décembre 2021, le préfet de la Mayenne a pris à l'encontre de Mme B un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, désignation du pays de renvoi et obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Mayenne. Par la requête n° 2114672, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. D'autre part, M. B, ressortissant guinéen né le 8 septembre 1996, est entré irrégulièrement en France le 14 mai 2020 où il a rejoint Mme B, avec laquelle il déclare s'être marié traditionnellement. Il a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Loire-Atlantique. Sa demande a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 février 2021. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 octobre 2021. Le préfet de la Mayenne, n'ayant été saisi par l'intéressé d'aucune demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui du droit d'asile ou du bénéfice de la protection subsidiaire, a pris, le 13 décembre 2021, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un arrêté faisant à M. B obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, désignant la Guinée comme pays de destination et obligeant l'intéressé à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Mayenne. M. B demande, par la requête n° 2114676, l'annulation de cet arrêté.

3. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 2114672 et 2114676, présentées par Mme B et M. B, se rapportent à la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il convient de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. E, directeur de la citoyenneté à la préfecture de la Mayenne. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté de délégation de signature du 8 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation à M. E à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté comme manquant en fait.

5. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Lorsque le préfet oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il fixe, à cet effet, le pays à destination duquel il sera reconduit en cas d'inexécution de cette obligation, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit national de la directive du 16 décembre 2008, le préfet doit être regardé comme mettant en œuvre le droit de l'Union.

4. À l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. Il lui est, en outre, loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

5. En l'espèce, s'il est constant que Mme et M. B n'ont pas été invités par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction des décisions attaquées, leurs observations écrites ou orales sur la perspective d'une mesure d'éloignement, ils ne pouvaient ignorer qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une telle mesure après le rejet définitif de leurs demandes d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'ils aient été privés de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales ou qu'ils auraient demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux. Il suit de là que le moyen tiré du non-respect du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. et Mme B font valoir qu'ils vivent en concubinage, sont accompagnés de leur fille, A B, née le 5 avril 2016, que M. B, qui souffre d'hépatite B, a vocation à se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tandis que Mme B devrait bénéficier d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, en qualité de conjointe d'étrangère malade. Toutefois, si les intéressés précisent qu'ils s'apprêtaient à déposer des demandes de titres de séjour, il est constant que ces demandes n'avaient pas été déposées à la date des arrêtés attaqués et que M. B n'avait fourni au préfet de la Mayenne aucune information sur son état de santé. S'il produit, dans le cadre des présentes instances, une ordonnance ainsi que les résultats d'une analyse de sang, ces seuls éléments ne sauraient suffire à démontrer que son état de santé faisait obstacle, à la date des décisions attaquées, à son éloignement du territoire français. Par ailleurs, si les intéressés soutiennent qu'en cas de retour en Guinée, eux-mêmes et leur fille seraient exposés au risque de subir de mauvais traitements de la part de la famille de Mme B, ils n'accompagnent cette affirmation d'aucun commencement de preuve alors que l'OFPRA et la CNDA, instances devant lesquelles les intéressés ont exposé ces mêmes craintes, ont estimé que celles-ci n'étaient pas fondées. Ainsi, rien ne faisait obstacle, à la date des arrêtés attaqués, à ce que M. et Mme B reconstituent leur cellule familiale en Guinée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait porté une atteinte excessive à leur droit de mener une vie familiale normale et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs les décisions attaquées ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, en particulier de la possibilité pour les requérants de reconstituer en Guinée leur cellule familiale, les décisions attaquées n'ont pas pour effet de séparer la jeune A de ses parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de ladite convention doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / () ".

10. A supposer que M. B entende soutenir que les dispositions citées au point précédent s'opposent à son éloignement du territoire français dès lors qu'il souffre d'hépatite B, que son état de santé nécessite la prise de médicaments et des analyses régulières de sang et qu'il ne pourra pas bénéficier de ce traitement et de cette surveillance en Guinée, les pièces justificatives qu'il produit, comme il a été dit, ne suffisent pas à l'établir. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

12. M. et Mme B soutiennent que les risques graves pour leur intégrité physique et leur vie auxquels ils seraient exposés, ainsi que leur enfant, en cas de retour en Guinée, pour les raisons qu'ils ont exposées dans leurs demandes d'asile, perdurent à la date des décisions attaquées. Toutefois, ils n'apportent aucun élément probant nouveau, à l'appui de leurs allégations, permettant d'établir qu'ils encourraient effectivement, en cas de retour dans leur pays, des risques pour leur vie ou leur liberté ou qu'ils y seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants alors que leur récit des persécutions qu'ils prétendent y avoir subies du fait du refus de Mme B de contracter un mariage forcé a été jugé non convaincant par l'OFPRA et par la CNDA. Dans ces conditions, le préfet de la Mayenne n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant la Guinée comme pays de destination.

13. En second lieu, le moyen tiré par M. et Mme B de ce que la désignation de la Guinée comme pays de destination est contraire à l'intérêt supérieur de leur fille, eu égard aux risques de mauvais traitements qu'elle encourt dans ce pays, ne peut être accueilli, eu égard à ce qui a été dit au point précédent.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre des décisions astreignant les requérants à se présenter auprès des services de gendarmerie pour y indiquer les diligences dans la préparation de leur départ :

14. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

15. L'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce a été dit aux points 4 à 10, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que M. et Mme B invoquent à l'encontre des décisions les astreignant à se présenter chaque jeudi à la brigade de gendarmerie de Mayenne afin d'indiquer leurs diligences dans la préparation de leur départ, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

17. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B entraine, par voie de conséquence, celui de leurs conclusions à fin d'injonction.

18. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les sommes demandée au profit de leur conseil par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E

Article 1er : Les requêtes de Mme B et de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à M. D B, au préfet de la Mayenne et à Me L'Hélias.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. C La greffière,

S. BARBERA La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne

en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2114672, 2114676

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir
← Retour aux décisions

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026