jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114735 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 décembre 2021, Mme A E, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 511-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4, 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle a des conséquences excessives sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 §2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle a des conséquences excessives sur sa situation personnelle ;
Sur la décision interdisant le retour sur le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1, III, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle a des conséquences excessives sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français, qui ont été retirées par un arrêté du 1er septembre 2022 ;
- aucun des moyens soulevés contre le refus de titre de séjour n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante azerbaidjanaise née le 8 juillet 1960, déclare être entrée en France en novembre 2014. Sa demande d'asile a été rejetée le 30 juin 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 2 mai 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 13 août 2015, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 6 juillet 2018, devenu définitif, la préfète de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. En juillet 2020, Mme E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de la Loire-Atlantique :
2. Par l'article 2 de l'arrêté du 1er septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a retiré les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français prises à l'encontre de la requérante. Ainsi que le fait valoir le préfet, il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre ces décisions.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, par un arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié le même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué indique les raisons de fait et de droit pour lesquelles le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner expressément tous les éléments du dossier qui lui était soumis, a refusé de délivrer un titre de séjour à la requérante. La décision portant refus de titre de séjour est, par suite, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme E avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de plus : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () ".
7. Mme E résidait en France depuis six ans environ à la date de la décision attaquée, principalement en situation irrégulière et en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Son séjour dans ce pays n'était donc pas ancien, alors qu'elle a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine, où il n'est pas établi qu'elle serait désormais dénuée d'attaches personnelles. L'intéressée, de plus, était veuve et sans charge de famille en France. Si elle se prévaut de la présence de son fils en France, ce dernier, majeur et ne vivant pas avec la requérante, était également en situation irrégulière, dès lors qu'il a fait l'objet d'une décision du 23 février 2020 portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pendant une durée d'un an. L'intéressée n'a pas noué par ailleurs des attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France, et se trouve dans ce pays, malgré des attestations produites sur ses démarches auprès d'associations d'aide aux personnes immigrées, sans insertion sociale, professionnelle et sans ressources, et elle ne saurait ainsi être regardée comme ayant porté en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doivent être écartés. Les circonstances dont se prévaut l'intéressée y compris celles relatives au suivi et aux traitements médicaux dont elle a fait l'objet en France, ne sont pas davantage de nature à caractériser l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant qu'un titre de séjour lui soit délivré, en application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il n'est ni établi, ni même allégué que Mme E ne puisse bénéficier d'un traitement approprié ailleurs qu'en France. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu ces dispositions en prenant à l'égard de Mme E la décision de refus de titre de séjour contestée et n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ou de la situation de l'intéressée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me Neraudau et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
M. Catroux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le rapporteur,
X. C
Le président,
L. MARTIN La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2601124
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant par ordonnance, donne acte du désistement du requérant concernant ses demandes d'annulation et d'injonction relatives à des titres de séjour. La juridiction rejette sa demande d'allocation d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratif. Le litige principal est ainsi éteint par le désistement.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2603340
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi d'une demande visant à assurer l'exécution d'une précédente injonction et à obtenir une astreinte pour son inexécution. Le juge a constaté que la préfète de l'Isère n'avait pas renouvelé le récépissé de séjour de la requérante, malgré l'injonction antérieure, et que cette dernière avait ainsi subi un préjudice (licenciement). En conséquence, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, le tribunal a ordonné à la préfète de statuer expressément sur la demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2506265
**Sujet principal** : Demande d'exécution d'une ordonnance de référé ayant suspendu un refus de titre de séjour et enjoint à l'administration de réexaminer la situation. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Nice (statuant par ordonnance). **Solution retenue** : Le juge constate qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'exécution, car l'administration a pris une nouvelle décision (un refus de titre de séjour daté du 7 janvier 2026), ce qui a assuré l'exécution de l'ordonnance initiale. La demande est donc devenue sans objet. **Textes appliqués** : Articles R. 222-1 (3°) et L. 911-4 du code de justice administrative.
07/04/2026