lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | AYMARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 décembre 2021, un mémoire enregistré le 19 avril 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 2 mai 2022, Mme C D, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de B Jessia Daren Massamba, représentée par Me Aymard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Congo refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à B Jessia Daren Massamba ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'identité de B ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa qualité de mineure à scolariser ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante française, a demandé à l'ambassade de France au Congo de délivrer un visa de long séjour à B Jessia Daren Massamba, ressortissante congolaise née le 1er janvier 2008 qu'elle présente comme sa nièce, en qualité de mineure à scolariser. Cette autorité a rejeté sa demande le 15 octobre 2021. Mme D a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours contre la décision de l'autorité consulaire, dont il a été accusé réception le 25 octobre 2021. Mme D demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de la commission.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur, la requête contient l'exposé des moyens soulevés à l'appui des conclusions présentées au tribunal. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des écritures produites en défense que la décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que l'identité de la demandeuse n'est pas établie, qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires et qu'il n'est pas établi que l'enfant se trouverait dans une situation psychologique, familiale ou matérielle de nature à justifier qu'elle soit retirée de sa famille biologique ni que Mme D disposerait des conditions de séjour suffisantes à sa prise en charge en France.
4. En premier lieu, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Pour justifier de l'identité de la demandeuse, Mme D a produit, à l'appui de la demande de visa, la copie du volet n° 1 de l'acte de naissance n° 336/2012 établi le 17 mai 2012 par l'officier d'état civil de Brazzaville à la suite de l'inscription tardive requise par le procureur de la République près la tribunal d'instance de Mfilou-Ngamaba du 11 mai 2012. S'il est constant que la demandeuse dispose d'un autre acte de naissance établi le 10 septembre 2008 sous le n° 403/08/R09, la requérante explique avoir dû solliciter la délivrance d'un second acte de naissance à la suite de la perte de cet original. Les différences minimes entre les mentions des deux actes de naissance ne sont pas de nature à leur ôter toute valeur probante. En tout état de cause, Mme D verse le passeport de l'intéressée, lequel permet de corroborer l'identité alléguée de la jeune B. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours a entaché son premier motif d'une erreur d'appréciation.
6. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. ". En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à une personne étrangère désirant se rendre en France aux fins d'être scolarisée, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général, dans le cadre d'une analyse adaptée à la nature du visa sollicité et dans le respect des engagements internationaux de la France.
7. Le visa de long séjour en qualité de mineure à scolariser a pour objet de permettre à une mineure étrangère, dont la famille réside à l'étranger, d'être scolarisée en France.
8. Il est constant que Mme D a sollicité, ainsi qu'il ressort du formulaire de demande de visa, la délivrance d'un visa afin de faire venir en France sa nièce en tant que mineure à scolariser. Elle soutient à ce titre, sans être contestée, avoir signalé aux autorités consulaires la situation particulière de B Jessia Daren Massamba ainsi que sa volonté de l'accueillir en France pendant la seule durée de l'année scolaire, afin qu'elle puisse retourner dans son pays d'origine lors des vacances scolaires. La requérante explique, par ailleurs, les raisons pour lesquelles B Jessia Daren Massamba devrait, selon elle, suivre une scolarité en France en lieu et place d'une scolarité au Congo où elle réside. Elle soutient que la demandeuse, abandonnée à la naissance par sa mère, réside seule à Brazzaville auprès de sa grand-mère à l'état de santé fragile. Elle produit à l'appui de ses allégations un certificat médical du 1er juillet 2019, dont il ressort que l'état de santé de l'intéressée ne permet plus la prise en charge de la jeune B. Mme D s'est d'ailleurs vue confier la tutelle de sa nièce par jugement du 15 novembre 2018 du tribunal d'instance de Poto-Poto-Moungali. Si le ministre fait valoir que l'enfant demeure également auprès de son père au Congo, il ressort des pièces du dossier que ce dernier ne contribue ni à son entretien ni à son éducation et qu'il a été admis, postérieurement à la décision attaquée, au sein du centre neuro-psycho pathologie de Kibina en raison de troubles du comportement. Dans ces conditions, contrairement à ce que fait valoir l'administration, Mme D établit que B Jessia Daren Massamba se trouve dans une situation psychologique, familiale ou matérielle de nature à justifier qu'elle soit autorisée à suivre sa scolarité en France. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que l'administration a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à B Jessia Daren Massamba un visa de long séjour en qualité de mineure à scolarisée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressée ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à B Jessia Daren Massamba le visa de long séjour sollicité en qualité de mineure à scolariser dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
La rapporteuse,
M. A
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026