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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114833

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114833

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantBREVAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021, Mme C B épouse A, représentée par Me Brevan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre la décision préfectorale, à laquelle sa décision s'est substituée, sont irrecevables ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A demande au tribunal d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision préfectorale. Toutefois, comme le fait valoir le ministre de l'intérieur en défense, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables dès lors que la décision du ministre s'y est, en application de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, substituée.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de celui-ci.

3. Pour rejeter le recours hiérarchique formé par Mme B et confirmer l'ajournement de la demande de naturalisation, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le comportement sujet à caution de la postulante au regard de ses obligations fiscales dès lors qu'elle a déclaré à l'administration fiscale des montants importants de pensions alimentaires venant en déduction de ses revenus sans être en mesure de justifier que celles-ci sont destinées à des descendants ou à des ascendants.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B et son époux ont déduit de leurs revenus imposables les sommes de 6 264 euros sur 39 031 euros en 2018, 6 532 euros sur 34 241 euros en 2019 et 5 747 euros sur 40 270 euros en 2020, au titre de pensions alimentaires versées aux beaux-parents de la requérante, sans pouvoir justifier de transferts de fonds effectifs, à hauteur des montants en cause, aux destinataires allégués. Si Mme B verse à l'instance plusieurs justificatifs de transferts de fonds, ceux-ci ne sont pas établis aux noms de ses beaux-parents et la requérante n'apporte pas d'explication sur ce point. Les montants en cause sont en outre, après cumul, sensiblement inférieurs aux montants mentionnés dans les déclarations de revenus, qui représentent une part significative des revenus de Mme B et de son époux. Dans ces conditions, dans la mesure où la requérante ne justifie pas du bien-fondé de ses déclarations auprès de l'administration fiscale, le ministre de l'intérieur a pu considérer que son comportement au regard de ses obligations fiscales était sujet à critique et, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose quant à l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite se fonder sur le motif mentionné au point précédent pour ajourner la demande de naturalisation de Mme B sans entacher sa décision d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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