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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114842

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114842

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 30 décembre 2021 sous le n° 2114842, Mme A D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juin 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 75 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Rodrigues Devesas en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination :

- elles sont illégales à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022 sous le n° 2201011, Mme A D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour suite à sa demande du 26 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 75 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Rodrigues Devesas en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête dès lors que la décision expresse de rejet de sa demande de titre de séjour lui a été notifiée le 22 juin 2021.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions des 16 novembre 2021 et 16 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante arménienne née 15 juillet 1996, déclare être entrée en France le 2 février 2020. Elle a, le 26 février 2020, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence gardé par l'administration pendant quatre mois est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, enregistrée sous le n° 2201011, Mme D sollicite l'annulation de cette décision. Par arrêté du 18 juin 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé explicitement de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à l'expiration de ce délai. Par sa requête enregistrée sous le n° 2114842, Mme D sollicite l'annulation de cet arrêté.

2. Les requêtes n° 2114842 et 2201011 concernent la situation d'une même étrangère et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre le refus implicite opposé à la demande de titre de séjour :

3. Comme il a été dit au point 1, le silence gardé par le préfet de la Loire-Atlantique pendant quatre mois sur la demande de titre de séjour de Mme D a fait naître une décision implicite de rejet. Toutefois, le refus de séjour explicite contenu dans l'arrêté du 18 juin 2021 s'est substitué à la décision implicite de rejet. Par suite, les conclusions présentées par l'intéressée tendant à l'annulation de cette décision implicite de rejet doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre le refus de séjour explicite du 18 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de ce département l'a habilitée à signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et celles fixant le pays d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article

L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "visiteur" d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles

L. 412-2 et L.412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin, l'article L. 411-1 du même code dispose que : "Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour ; 2°Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article

L. 312-2,lesdroitsattachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à L. 421-24,() ". Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. () ". Il résulte de la combinaison des dispositions des articles précités que la délivrance d'une carte de séjour temporaire à un étranger en qualité de visiteur est subordonnée notamment à la production d'un visa pour un séjour supérieur à trois mois.

7. Il ressort de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention visiteur, le préfet s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas disposer de moyens suffisants, au moins égaux au salaire minimum de croissance net annuel et, d'autre part, sur le fait qu'elle ne disposait pas d'un visa de long séjour.

8. D'une part, Mme D, qui est entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, ne justifiait pas détenir un visa de long séjour, de sorte que le préfet de la Loire-Atlantique pouvait légalement, pour ce seul motif, refuser de faire droit à sa demande.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme D ne justifiait pas de ressources personnelles, les justificatifs de revenus pour des cours d'anglais dispensés à distance étant postérieurs à juin 2019. En outre, si elle soutient que le père de son compagnon est en mesure de subvenir à ses besoins, celui-ci justifie avoir perçu un montant de14 405 euros de revenus au titre de l'année 2018 et un bénéfice industriel et commercial de 28 945 euros pour l'année 2019, mais doit assumer la charge de deux enfants majeurs. Au vu de ces éléments, Mme D ne peut être regardée comme justifiant de moyens d'existence suffisants. Au demeurant, s'il ressort d'une attestation, non signée, qu'il héberge Mme D, aucune pièce du dossier ne confirme qu'il s'est engagé à subvenir à ses besoins. Ainsi la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

11. Mme D fait valoir que son compagnon, avec lequel elle est en couple depuis plusieurs années, ainsi que la famille de celui-ci, résident en France de façon régulière. Elle ne produit cependant aucun élément pour attester de la stabilité et de l'ancienneté de cette relation. En outre, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles et culturelles dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident sa mère et son frère. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que Mme D n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, au soutien de ses conclusions dirigées contre les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2114842 et 2201011 de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 - 2201011

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