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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114863

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114863

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours courant de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

L'arrêté dans son ensemble :

- n'a pas été signé par une autorité compétente ;

- n'est pas suffisamment motivé au regard des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Le refus de titre de séjour :

- n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais né le 17 septembre 2002, est entré en France le 15 septembre 2019, muni d'un visa de court séjour Schengen et a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur (A) valable du 8 janvier 2020 au

7 janvier 2021. Le 13 mars 2021, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 octobre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera susceptible d'être éloigné d'office. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté du 20 octobre 2021 a été signé par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, paru au recueil des actes administratifs de la préfecture du 9 septembre suivant, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer tous actes et décisions relatifs aux attributions de l'Etat dans le département, à quelques exceptions limitativement énumérées dont ne relèvent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant les pays d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit dès lors être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de M. C, constate que s'il est présent depuis deux ans sur le territoire et est hébergé chez sa tutrice, il ne justifie pas de liens intenses, anciens et stables sur le territoire national, où il ne justifie pas d'une particulière intégration, ayant détourné l'objet de son visa, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches au Gabon, où résident notamment ses parents. L'arrêté en conclut que le refus d'admettre le demandeur au séjour en France, comme son éloignement du territoire national, ne méconnaissent pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté en cause est ainsi suffisamment motivé en droit comme en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si M. C se prévaut d'une délégation d'autorité parentale accordée à la personne qui l'héberge à Angers, il n'en justifie pas et, en tout état de cause, dès lors qu'il est devenu majeur, cette délégation ne produit plus d'effet. S'il se prévaut, par ailleurs, de sa scolarisation en classe de première professionnelle préparant aux métiers de la gestion, le bulletin scolaire qu'il produit montre des résultats très inégaux alors que de nombreux professeurs relèvent son absentéisme et son manque de motivation. Il ne saurait utilement se prévaloir de sa licence dans un club de football, dès lors qu'il s'agit d'un élément postérieur à la décision attaquée. En estimant que le requérant ne pouvait, dans ces conditions, justifier de liens particulièrement intenses, anciens et stables sur le territoire national susceptibles de justifier qu'il puisse bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions invoquées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le requérant ne peut être fondé à soutenir que le refus de séjour et la mesure d'éloignement du territoire dont il fait l'objet seraient contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L .423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ".

7. Compte tenu des circonstances et motifs exposés au point 5, M. C n'établit pas que la décision attaquée refusant de l'admettre au séjour aurait été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7,

L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des ressortissants étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance d'un des titres de séjour cités à l'article L. 432-13 auxquels il envisage de refuser ce titre, et non de celui de tous les étrangers qui demandent la délivrance d'un de ces titres de séjour.

9. Pour les motifs exposés aux points 5 et 7, M. C ne remplit pas les conditions requises pour prétendre à l'obtention de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour doit être écarté comme inopérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte des points 2 à 8 que l'illégalité de la décision de refus de séjour n'est pas établie. M. C n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Sur la légalité de la décision accordant un délai de départ volontaire :

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire, n'est pas établie.

M. C n'est par suite pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision attaquée accordant un délai de départ volontaire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C,

à Me Kaddouri et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. LOIRATL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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