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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114874

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114874

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSCP ARLAUD - AUCHER - FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2021 et des pièces complémentaires enregistrées le 29 avril 2022, Mme B E épouse C, représentée par Me Aucher, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil 13 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E épouse C, ressortissante congolaise née le 30 janvier 1978, a demandé la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France à l'autorité consulaire française à Pointe-Noire en vue de rendre visite à son époux. Cette autorité a rejeté sa demande. Saisie d'un recours à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 20 mai 2021, recommandé au ministre de faire délivrer le visa sollicité. Le ministre a toutefois refusé de faire procéder à la délivrance de ce visa par une décision du 28 octobre 2021. La requérante demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 : " () le visa est refusé : / a) si le demandeur : / i) présente un document de voyage faux ou falsifié, / ii) ne fournit pas de justification quant à l'objet et aux conditions du séjour envisagé, / iii) ne fournit pas la preuve qu'il dispose de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans son pays d'origine ou de résidence, ou pour le transit vers un pays tiers dans lequel son admission est garantie, ou n'est pas en mesure d'acquérir légalement ces moyens, / iv) a déjà séjourné sur le territoire des États membres pendant trois mois au cours de la période de six mois en cours, sur la base d'un visa uniforme ou d'un visa à validité territoriale limitée, / v) fait l'objet d'un signalement diffusé dans le SIS aux fins d'un refus d'admission, / vi) est considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou la santé publique () / ou / b) s'il existe des doutes raisonnables sur l'authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".

3. L'autorité administrative chargée de l'examen d'une demande d'un visa d'entrée et de court séjour en France ne peut refuser de délivrer ce visa que dans le cas où l'un des motifs de refus énumérés par ces dispositions peut être opposé au demandeur ou à la demandeuse.

4. La décision attaquée a relevé que : " une nouvelle étude fait apparaître des incohérences dans le dossier de Madame C. En effet, par un certificat médical du 12 octobre 2020, le Docteur D, médecin de l'époux de la demandeuse, faisait part de la gravité de la situation de son époux. Or Madame C a laissé passer plus de quatre mois avant de déposer sa demande de visa ".

5. Un tel motif n'est pas au nombre de ceux pouvant légalement fonder la décision refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'erreur de droit.

6. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve, toutefois, qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa compte tenu de la situation de la demandeuse.

8. Il est constant que Mme E épouse C a sollicité un visa d'entrée et de court séjour en France pour rendre visite à son époux atteint d'un cancer du rein au pronostic vital engagé. Dans ces conditions, l'objet du visa, clairement établi compte tenu de l'état de santé de M. C, suffit à écarter le doute raisonnable sur la volonté de la requérante de quitter le territoire français avant l'expiration du visa demandé. Par suite, la substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur ne peut être accueillie.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme E épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme B E épouse C le visa de court séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressée ce visa dans un délai de trois semaines à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à Mme B E épouse C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 28 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme E épouse C le visa de court séjour sollicité, dans un délai de trois semaines à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme E épouse C la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Desimon, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteuse,

M. A

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGOLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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