lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | MUKENDI NDONKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 janvier 2022 et 2 mai 2022, M. C E et Mme B G D, agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux de l'enfant Rayan E, représentés par Me Mukendi Ndonki, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) refusant de délivrer à l'enfant Rayan E un visa de long séjour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit concernant l'application de la convention de la Haye du 19 octobre 1996, qui ne leur est pas opposable ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de La Haye du 19 octobre 1996 concernant la compétence, la loi applicable, la reconnaissance, l'exécution et la coopération en matière de responsabilité parentale et de mesures de protection des enfants ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Nève, substituant Me Mukendi Ndonki, représentant M. E et Mme D, tous deux présents à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E et Mme D, ressortissants marocains résidant régulièrement en France, se sont vu confier le jeune A E, neveu de M. E né le 28 juin 2018, par un acte de Kafala adoulaire du 2 septembre 2019 émanant de la section notariale du tribunal de première instance de Ouarzazate, homologué par ce tribunal le 3 septembre 2019. La demande de regroupement familial présentée par M. E en faveur de l'enfant a été acceptée par une décision du préfet de la Seine-Maritime du 15 avril 2021. La demande de visa de long séjour présentée au nom de Rayan E auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca a été rejetée le 29 juillet 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 17 novembre 2021, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que la procédure de recueil de l'enfant Rayan E par kafala n'a pas respecté l'article 33 de la convention de la Haye du 19 octobre 1996 ratifiée par la France et le Maroc, les autorités centrales de ces Etats n'ayant pas été saisies et n'ayant ainsi pas approuvé le recueil, compte-tenu de l'intérêt supérieur de l'enfant.
3. L'article 1er de la convention de La Haye du 19 octobre 1996 prévoit que cette convention " a pour objet : / a) de déterminer l'Etat dont les autorités ont compétences pour prendre des mesures tenant à la protection de la personne ou des biens de l'enfant ; / () d) d'assurer la reconnaissance et l'exécution des mesures de protection dans tous les Etats contractants ; e) d'établir entre les autorités des Etats contractants la coopération nécessaire à la réalisation des objectifs de la convention ". Selon l'article 3 de cette convention : " Les mesures prévues à l'article 1er peuvent porter notamment sur / () e) le placement de l'enfant dans une famille d'accueil ou dans un établissement, ou son recueil légal par kafala ou par une institution analogue ; / () ". Aux termes de l'article 4 de cette convention : " Sont exclus du domaine de la Convention : / () j) les décisions sur le droit d'asile et en matière d'immigration ". L'article 23 de la même convention stipule : " Les mesures prises par les autorités d'un Etat contractant sont reconnues de plein droit dans les autres Etats contractants. / Toutefois, la reconnaissance peut être refusée : / () f) si la procédure prévue à l'article 33 n'a pas été respectée ". Enfin, aux termes de cet article 33, inclus dans le chapitre V intitulé " Coopération " : " 1. Lorsque l'autorité compétente en vertu des articles 5 à 10 envisage le placement de l'enfant dans une famille d'accueil ou dans un établissement, ou son recueil légal par kafala ou par une institution analogue, et que ce placement ou ce recueil aura lieu dans un autre Etat contractant, elle consulte au préalable l'Autorité centrale ou une autre autorité compétente de ce dernier Etat. Elle lui communique à cet effet un rapport sur l'enfant et les motifs de sa proposition sur le placement ou le recueil. / 2. La décision sur le placement ou le recueil ne peut être prise dans l'Etat requérant que si l'Autorité centrale ou une autre autorité compétente de l'Etat requis a approuvé ce placement ou ce recueil, compte tenu de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
4. Les règles générales de procédure résultant de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, applicables à une mesure de placement de l'enfant ou à son recueil légal par kafala, dans un autre Etat contractant, impliquent une coopération entre les autorités de ces deux Etats afin d'assurer leur prise en compte dans chaque cas particulier. En revanche, et alors au demeurant que les stipulations précitées de l'article 4 excluent du champ d'application de la convention les décisions relatives à l'immigration, les stipulations citées au point précédent ne peuvent être regardées comme donnant compétence à la commission de recours pour refuser la délivrance d'un visa de long séjour demandé pour un enfant bénéficiaire d'un jugement de kafala, au motif que les consultations prévues par ces stipulations n'auraient pas été effectuées par le juge étranger avant de décider du recueil du demandeur par kafala, alors qu'une telle circonstance ne révèle par elle-même ni l'existence d'une fraude ni celle d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
5. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à l'enfant Rayan E le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 17 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à l'enfant Rayan E le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, Mme B G D et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
M. Guilloteau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
T. F
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026